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Retraites: un discret mea culpa officiel

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Comme l’annonçait le Figaro, le Conseil d’Orientation des Retraites vient de dire son « roi est nu ». Un document interne devrait en effet prendre acte du caractère beaucoup trop optimiste des prévisions macro-économiques sur lesquelles il fonde d’ordinaire ses travaux pour piloter l’évolution des régimes de retraite. En particulier, le COR reconnaît l’invraisemblance de ses prévisions en matière de chômage, avec des taux à long terme inférieurs à 7,5% qui ne se réalisent jamais.

Cet aveu marque une étape dans la prise de conscience française sur l’insoutenabilité de la sécurité sociale telle qu’elle existe aujourd’hui.

Les retraites et leurs prévisions « idéologiques »

La question des prévisions dans le domaine des retraites n’a jamais été neutre. Elle a toujours supposé d’anticiper la réalité du marché de l’emploi dans les années à venir. On ne le dit pas assez, mais le chômage n’est pas seulement une calamité pour ceux qu’ils touchent, il est une calamité pour l’ensemble des salariés, puisqu’il prive la sécurité sociale d’une bonne partie des cotisations nécessaires au financement du « système ».

Depuis de nombreuses années, chacun (entendez: toute la technostructure sociale au sens large) sait que la sécurité sociale est structurellement déficitaire en situation de chômage de masse. Dans le cas des retraites, ce déséquilibre est accru par le choix d’un âge légal situé au-dessous de la « ligne de flottaison » démographique. Alors que l’âge « actuariel » d’équilibre du système se situe entre 64 et 67 ans, les départs à 63 ans plombent durablement le régime général.

Face à ces réalités mathématiques incontournables, les adeptes de la Sécurité Sociale répondent avec le même déni que l’alcoolique qui assure que tout va bien et que, demain, il arrêtera de boire, à condition de pouvoir finir sa dose aujourd’hui. C’est pourquoi le Conseil d’Orientation des Retraites a toujours privilégié des prévisions fondées sur des hypothèses inspirées des Trente Glorieuses. On vit un chômage de masse, mais on continue de penser le système comme dans les années 60. Et il a toujours été interdit de dire que ce déni des réalités était toxique pour l’ensemble des Français.

Les retraites et le nécessaire travail de vérité

Ces dénis, on en comprend intuitivement la logique. Les Français, comme les alcooliques et autres victimes d’addiction, préfèrent nier leur mal et se maintenir artificiellement dans de douces illusions plutôt que d’entamer leur douloureuse cure de désintoxication qui permettra de ramener l’équilibre des comptes et de garantir la pérennité de la protection sociale.

Le moment de vérité vient-il? On peut reprocher légitimement à la technostructure française de retarder ce travail en produisant des analyses et des prévisions totalement biaisées par des choix statistiques mensongers. Peut-être nous approchons-nous du moment où ceux dont l’intérêt général est le métier vont prendre leur mission au sérieux et vont dire aux Français la vérité sur la gravité de la maladie qui les ronge.

De ce point de vue, le quinquennat de François Hollande restera dans l’histoire comme une perte de temps. La majorité présidentielle a en effet nourri l’illusion selon laquelle aucune règle fondamentale de la sécurité sociale n’était à revoir. Il suffisait d’augmenter la pression fiscale sur le classes moyennes pour préserver un remarquable acquis que le monde entier nous envie, c’est bien connu. Ce déni a inspiré la réformette des retraites de Marisol Touraine, comme elle inspire le pacte de responsabilité ou les décisions en matière de santé qui paupérisent constamment la médecine française.

En proposant de pérenniser le CICE sous forme de baisse définitive de cotisations, François Hollande prononce, à sa manière, le même mea culpa que le COR. Il aura juste fallu attendre la fin du quinquennat pour que les mots commencent à peine à être mis sur les choses savamment dissimulées depuis quatre ans sous un déluge d’appels mensongers à la solidarité et à la justice.

Mais le chemin vers la lucidité est encore long. Personne n’a clairement dit quelle solution adopter pour assurer un équilibre viable à la protection sociale, c’est-à-dire un équilibre qui ne matraque pas les familles moyennes françaises pour assister les bénéficiaires du système.

12 commentaires

  1. Proteos dit

    Cela dit, le COR remarquait régulièrement que les scénarios élaborés ne correspondaient pas à ce qui avait été constaté par le passé. Un exemple, dans son dernier rapport sur la situation des retraités, il remarque qu’entre 1990 et 2014, la hausse du salaire moyen par tête n’a été que de 0.7%/an en euros constants alors que le scénario le plus pessimiste prévoit 1%…
    Il faut aussi se rappeler que le COR rassemble aussi certains syndicats qui ne sont pas prêts à entendre la vérité, d’où l’étude de scénarios complètement incroyables comme le A’ avec sa hausse de 2%/an du salaire moyen en euros constants.

  2. pierre dit

    Soyons plus tranchants : le COR, comme tous les autres machins étatiques, ment, ment sur ordre, ment délibérément, ment effrontément, ment constamment.

    Car enfin :
    -les prévisions de « croâssance » (gouvernement, banque de France, BCE etc.) : pipo
    -les prévisions de déficit budgétaire (état, sécu etc.) : pipo

    Depuis des années !

    Ils mentent tous, et en permanence. Ce n’est plus de l’erreur, ou des analyses boiteuses… c’est une stratégie de survie pour toutes ces crapules.

    A leur décharge, comme vous le soulignez, les veaux ne veulent surtout pas sentir sur leur peau de bébé la botte cloutée de la Réalité…

    Qu’ils aillent tous au diable.

  3. Sergio dit

    Derrière tout cela, on retrouve une posture marxiste primaire des uns : les patrons peuvent payer, les patrons paieront… Un manque de courage
    intellectuel et un jean-foutisme des autres.
    Il s’agit en fait de protéger ses affidés, (Fonctionnaires, salariés des entreprises nationalisées) et de faire payer les autres…
    C’est le but du jeu.

  4. Joseph Favreau Juriste, chargé de cours et TD, directeur d'Ateliers culturels à la Sorbonne et en Associations d'éducation populaire dit

    Des retraites en or … pour les truands de la « génération Mitterrand »
    Le PS, c’est la multiplication des emplois fictifs et emplois de complaisance. Et l’acharnement contre les vrais travailleurs… surtout quand il s’agit des créateurs et des fonctionnaires honnêtes et courageux … c’est-à-dire non suffisamment dociles devant les exactions du parti au pouvoir et les truands de la « génération Mitterrand ».
    Le Mitterrand qui a institué un « tour extérieur » pour les nominations dans les Inspections générales … et directement au grade d’Inspecteur général de 1ère classe ! Des retraites en or qui se cumulent souvent avec les multiples retraites des politicards cumulards.
    Et par exemple les « petites » retraites des conseillers régionaux… pour qui il suffit souvent de deux mandats pour jouir d’une retraite égale ou supérieure au SMIC !
    JF. Chevalier dans l’Ordre du Mérite Officier des Palmes académiques

  5. Arnaud Duval Écrivain, Professeur Association Education populaire, avec Maélie Duval, militante écologiste dit

    La forêt des retraites … Un excellent auteur prénommé Eric (et dont les initiales sont EV) a calculé le coût de la carrière d’un ministre des Finances et Comptes publics, grand cumulard à gauche et dans le Centre. Et celui de ses multiples retraites présentes et à venir …
    Le dénommé SAPIN aura l’équivalent des revenus d’une immense forêt : certainement beaucoup plus de 10 fois le SMIC …
    … et pour le camarade Pépère ce sera 10 ou 20 fois ?

    Arnaud Duval Conférencier – auteur de TESTEZ VOTRE LOGIQUE (ouvrage réédité aux Editions Eyrolles).

  6. Stanislas Poitevin, publiciste, auteur de manuels pour la préparation des concours administratifs dit

    LA GAUCHE … s’en met à gauche !
    Avec les emplois fictifs et de complaisance, avec le népotisme dans les recrutements et les promotions, avec la multiplication des primes et indemnités (+ promotions et avancements) pour pallier la faiblesse de l’augmentation du point dans les traitements de la Fonction publique. On se souvient aussi de ce ministre du budget qui s’en était mis tellement à gauche dans les paradis fiscaux…
    … et qui a été pris la main dans le (cahu) sac !
    Idem sur le plan électoral. On se souvient de ce (génial ? … en tout cas très efficace !) logiciel mis au point par Cambadélis et ses sbires pour ajouter 2 000 voix à Martine chaque fois que Ségolène en gagnait 1 000.
    Et des fraudes et trucages systématiques dans les élections universitaires et les votes dans les conseils supérieurs de l’Education nationale
    Et l’on s’en met à gauche dans les logements sociaux. Par exemple en achetant des groupes d’immeubles pour les transformer en HLM (de luxe ?) et y loger les militants et les électeurs, intermittents du spectacles et chômeurs professionnels, ou encore les primo-arrivants de tous genres devenant prioritaires pour l’attribution des logements sociaux. C’est avec de tels procédés que, malgré la déconfiture du PS, les mafieux Bartolone et LeGuen peuvent (et pourront ?) continuer à faire plus de 70 % des voix dans le 75013… et à faire couler la bonne confiture !
    Peut-on espérer un bon direct du DROIT en 2017 pour mettre fin aux exactions de la gauche ?
    On peut toujours rêver !
    Stanislas Poitevin, éducateur et formateur, auteur d’ouvrages pour les préparations aux concours et le développement personnel.

  7. Logaro dit

    Comme enseignant j’ai été avec des dizaines de milliers d’autres, victimes de la COREM, mutuelle de retraite de l’enseignement: en 4 ans la retraite a été diminué de 60%, je répète: 60%!!Et jusqu’à quand toucherons-nous une misérable retraite alors que les dirigeants s’empiffraient comme des porcs …. ou des oies gavées par le système.
    En parlant d’oies, heureusement que nous avons la Pamela Anderson ( Alerte à Malibu) pour nous réchauffer le coeur et nous faire oublier nos retraites!!
    http://sleazy-caricatures.over-blog.com/2016/01/les-oies-de-pamela.html

  8. Le retard pris ne pourra être rattrapé: l’étiage est maintenant supérieur à 65 ans, et cela est acté partout en Europe.
    L’été 2017, qui verra Fillon mettre directement, sans débat (pourquoi débattre?) le niveau à 65 ans sera suivi avant la fin de son quinquennat par l’inéluctable 67 ans.
    Inutile de dire que les malheureux qui eurent la chance de profiter de beaucoup mieux (dix ans aux frais de la princesse à lui sucer son jus) n’ont plus qu’à compter leur abattis. Ils auront le choix entre rembourser, se prostituer, ou les deux.
    Et bien toute cette pauvreté me laissera de glace: ah que je la souhaite misérable et indigente, la génération mitterand qui a ruiné la France !

  9. Que répondez-vous à l’article de Challenges d’août 2015 intitulé « Les dépenses de retraites vont peser de moins en moins dans le PIB » et à lire sur http://www.challenges.fr/france/20150827.CHA8736/les-depenses-de-retraites-vont-peser-de-moins-en-moins-dans-le-pib.html et de celui de l’INSSE « L’exercice européen de projection des dépenses de retraites : à l’horizon 2060, leur poids dans le PIB reculerait fortement en France  » à lire sur http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ia21

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