Accueil » Hollande et l’emploi low cost

emploi low cost

Hollande et l’emploi low cost

Ce texte a été lu1940fois

François Hollande devrait dévoiler le 18 janvier l’énième plan français de lutte contre le chômage. Ce plan devrait essentiellement comporter deux mesures: un plan de formation de 500.000 chômeurs, qui permettra de réaliser un « traitement statistique » de la catégorie A (les chômeurs indemnisés devenant des stagiaires de la formation professionnelle) dans la perspective de la prochaine présidentielle, et une aide à l’embauche pour les petites et moyennes entreprises. Une fois de plus, la France, et tout spécialement dans la continuité de la stratégie menée sous l’actuelle majorité, se dote d’un plan pour un emploi low cost qui laisse perplexe sur notre capacité à relever à long terme le défi de la révolution numérique.

Formation professionnelle et emploi low cost

Le plan « massif » de formation des chômeurs de catégorie A aux emplois du futur constitue en lui-même une superbe démonstration de la stratégie low cost menée par François Hollande. Officiellement, chaque chômeur devrait bénéficier d’un cycle de 400 heures de formation pour se préparer à un nouveau métier. Autrement dit, ce « recyclage » professionnel se fera sur une période de trois mois. On mesure tout de suite la faiblesse de l’effort consenti: quelle conversion professionnelle peut-on durablement assurer en 3 mois, si ce n’est pour des emplois peu qualifiés?

Selon les estimations qui circulent, l’ensemble coûterait bon an mal an 1 milliard d’euros pour 500.000 chômeurs. Un rapide calcul permet de comprendre que l’effort fourni sera de 2.000 euros par chômeur. Même rapporté sur douze mois, c’est proportionnellement moins qu’une subvention annuelle accordée à un lycéen. Il est en tout cas acquis qu’une formation qui coûte 2.000 euros pour trois mois à temps plein ne peut avoir d’ambition forte.

Rappelons que le budget global de Pôle Emploi est de 5 milliards environ. La dépense sera donc élevée, mais suffisamment saupoudrée pour ne pas permettre de véritable reconversion professionnelle.

Aide à l’embauche et emploi low cost

La même logique malthusienne, court-termiste et au rabais se retrouve à l’identique dans les projets qui devraient être annoncés le 18 janvier sur les aides à l’embauche. A priori, celles-ci seraient ciblées sur les salaires inférieurs à 1,3 SMIC et viseraient probablement les recrutements à des niveaux de formation les moins qualifiés.

On retrouve ici, une fois de plus, la fameuse croyance des élites parisiennes selon laquelle la meilleure façon de lutter contre le chômage consiste à subventionner la main-d’oeuvre la moins coûteuse et la moins formée, alors que c’est l’inverse qu’il faut faire.

En subventionnant les bas salaires, le gouvernement crée en effet une trappe et une rupture forte autour du seuil de 1,3 SMIC. Pour les entreprises, il est de plus en plus coûteux de franchir ce seuil. La politique gouvernementale crée donc (et elle a commencé dès les années 90…) une désincitation au recrutement des cadres et à l’augmentation de salaires, et un écrasement des rémunérations entre 1 et 1,3 SMIC, parce que ce sont ces rémunérations-là qui sont les plus subventionnées et facilitées.

Si le gouvernement faisait le choix inverse, à savoir d’inciter à recruter au-dessus de 1,3 SMIC, il créerait un appel d’air favorable à l’effort et à l’ascension sociale. Alors que la politique actuelle aménage de façon favorable les conditions de vie de ceux qui ne réussissent pas à l’école, une politique d’aide aux salaires moyens enverrait le signal positif d’un encouragement à l’effort et à la réussite.

Le même débat existe dans le domaine de l’apprentissage: favorise-t-on l’apprentissage en le cantonnant aux métiers manuels, ou change-t-on son image et son impact en le développant dans les professions à forte valeur intellectuelle ajoutée ?

Emploi low cost et désespérance sociale

Majoritairement, la France fait le choix d’aider les filières les moins porteuses et la population active la plus éloignée de la réussite. Cette stratégie a une conséquence simple: elle désincite à réussir et encourage l’échec.

De ce point de vue, la stratégie low cost en matière d’emploi telle qu’elle sera à nouveau déclinée sur une redite agaçante des mêmes recettes qui ne fonctionnent pas depuis des années, n’est pas une solution apportée à « l’apartheid social » évoqué par Manuel Valls en 2015, mais elle est un élément essentiel du problème. Les politiques low cost stigmatisent plus qu’elles ne réparent, elles enkystent plus qu’elles ne décloisonnent.

C’est par un signal ambitieux sur le sens de l’effort et sur le goût de la réussite que nos jeunes reprendront goût à l’emploi, et que nos chômeurs se reconstruiront un avenir.

12 commentaires

  1. Arnaud Duval Écrivain, Professeur Association Education populaire, avec Maélie Duval, militante écologiste dit

    EMPLOIS LOW COST … et emplois très coûteux !
    Encouragement à l’échec … et succès facile garanti pour les politicards.
    Vous n’avez fait que de vagues études de lettres, langues ou « science politique », et vous n’avez même pas été capable de passer le plus misérable des concours de niveau BAC + 3 … Peu importe ! Engagez-vous au PS et dans le « syndicalisme étudiant ». Vous obtiendrez des emplois d’ingénieurs ou de « conseillers » (Ingénieur d’études ou mieux encore ingénieur de recherche, allant à la Hors échelle B à 4 000 € par mois). Mieux encore, devenez délégué du PS et présentez-vous à des élections. Si vous êtes élu, vous pourrez cumuler les fromages. Si vous êtes battu, vous serez recasé aux plus hautes fonctions dans l’encadrement supérieur, y compris en vous faisant nommer Inspecteur général de l’Administration (et même directement à la 1ère classe, grâce au « tour extérieur » institué par Mitterrand. Non seulement vous aurez ainsi un gros fromage (et une grosse retraite !), mais vous serez placé au-dessus des lauréats des grandes écoles, Polytechnique, ENS ou ENA. Voir les nombreuses nominations effectuées depuis 2012… et cela va continuer !
    Une suggestion pour la Cour des Comptes et autres instances : évaluer le coût de telles pratiques.
    Arnaud DUVAL Auteur de TESTEZ VOTRE LOGIQUE (ouvrage réédité aux Editions Eyrolles)

  2. Joseph Favreau Juriste, chargé de cours et TD, directeur d'Ateliers culturels à la Sorbonne et en Associations d'éducation populaire dit

    Diplômes LOW COST … et désespérance universitaire
    Vous n’êtes pas capable d’obtenir une licence ou maîtrise ? Même quand ces diplômes sont bradés ?
    Peu importe! Demandez une dispense, et vous deviendrez Docteur, comme le sinistre Cambadélis.
    Vous n’êtes pas capable de passer un concours ? Peu importe !
    Engagez-vous dans le « syndicalisme étudiant » … et vous obtiendrez de très beaux emplois fictifs, comme tous les jeunes truands de la « génération Mitterrand ».
    Mieux encore : inventez-vous un faux diplôme de maîtrise d’économie, comme la dame Fioraso, et vous deviendrez Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.
    J F Officier des Palmes académiques

  3. Gordion dit

    Politique de la médiocrité et clientélisme électoral….favoriser les trappes aux bas salaires par l’assujettissement au système socialiste d’aide et de dépendance, plutôt que de réformer..

    Captation à vie du citoyen-électeur par aveuglement idéologique.

  4. Pylm dit

    Le coût du travail non qualifié et du travail en général est trop coûteux en France. La vraie question n’est pas de savoir où saupoudrer, mais de réduire fortement les charges qui pèsent sur le travail.
    Pour cela, il faut réduire les dépenses publiques, et sans doute accroître la TVA. Ce qu’ont fait les suédois.

  5. Le goudron et les plumes, oui, pour tous ces gens qui ne connaissent pas la couleur d’un bleu de travail….ça les fera voir rouge !
    Je constate que, de plan pour l’emploi en plan pour l’emploi, l’emploi reste en plan !

  6. Beber dit

    Béber de Vazimonga , cancre de sont état ,parfois palmé lui aussi , dit :

    Pour résoudre la problématique du chômage , de la logique , il en faudrait , c’est certain.
    Au minimum , il serait bon de cerner l’enchainement des causes et des effets .

    Qui dans ce monde voudra bien avouer que le troc organisé au niveau des états est nocif pour le plein emploi?
    « Tu m’achètes ma haute technologie , mon nucléaire et je te vend mes jouets , mes vétements , mes moutons … »
     » tu m’ achètes mon pétrole et je t’achète tes armes , tes avions « .
    Cette logique qui fait le jeu de grandes multinationales est tout aussi puissante que discrète .Destructrice d’emplois peu qualifiés , à terme , elle appauvrit tout autant le pays vendeur que le pays acheteur . Qu’on le veuille ou non, quand les revenus diminuent , les achats finissent toujours par baisser . Qu’on le veuille ou non , une partie importante du peuple n’aura jamais le cerveau des élites , même si celà n’en fait pas pour autant des débiles.

    Par ailleurs , on commence tout juste à comprendre que la robotisation de tous les secteurs d’activités est si rapide qu’elle en devient un drame pour l’emploi de la plupart .

    Le PS a choisit d’amuser la galerie avec une logique de politicien .Maquiller la réalité est leur seule compétence?

    Ils vont donc former des gens pour grossir les rangs de secteurs qui n’embaucheront pas .
    Pendant ce temps ,pour satisfaire des objectifs de rentabilité, la plupart continueront à faire le travail de deux , contents d’avoir un job .
    Si demain , pour une année au moins, on donnait aux entreprises le droit de doubler leur personnel en gardant leurs charges sociales égales et en baissant les impôts des entreprises qui oseraient cet acte patriote , je me demande ce que celà donnerait ?
    Mais bon , les cancres n’ayant droit qu’à la poésie du rêve …les sachants continueront à faire du futur une impasse.
    Le profit des uns fait le malheur des autres.

  7. Sergio dit

    Tant que nos politiciens, technocrates, syndicalistes, NE SE SERONT PAS MIS DANS LE CRANE que les seuls qui peuvent créer des emplois durables et productifs sont les chefs d’entreprise, et qu’il est temps d’arrêter de les prendre pour des c… la situation ne s’améliorera pas.

  8. On retiendra le concept de la « cacahuète ». Une cacahuète c’est un milliard d’euros. Ces gens ne raisonnent jamais à moins que ça. Pour dépenser inutilement une cacahuète, seule preuve d’action pour le psychisme délabré des tarés qui nous gouvernent, tout est bon. Ici destinée à résoudre le problème du chômage (car le fait qu’il y ait un problème sur ce point a fini par parvenir aux bulbes de l’insecte), la cacahuète a ici de plus le mérite d’engraisser davantage le plus stupide, le plus improductif et le plus corrompu système de formation professionnelle du monde.
    Les cacahuètes furent nombreuses pendant cette période: les mistral, les portiques, le jours de carence, le forfait médical. De quoi justifier les abominables hausses d’impôts qui arrêtèrent l’économie. Tout ce tient.

  9. pil dit

    Si déjà, avant de mettre plus d’argent, le système de formation professionnelle était modifié…

    On notera que les salaires des ingénieurs du privé et chercheurs du public sont franchement mauvais en France comparé à l’Allemagne, la Suisse, la GB ou les USA, 20 à 30% d’écart. Heureusement que les francais ne sont pas très mobiles, car sinon ce serait une véritable hémorragie vers l’étranger de ces profils là.

  10. yoananda dit

    Pris de manière isolée, ce plan de formation serait une bourde.
    Si on regarde l’ensemble, ce n’est qu’un élément de plus de la tiers-mondisation de la France.
    La France rêve d’être un pays d’Afrique comme un autre. Elle est en train de réussir son pari.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *