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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Parménide et de Tripalio. Esprit libre. Né en 1968 à Liège. Auteur.

Macron

Macron a-t-il raison de douter de ses chances?

Article écrit pour Atlantico.

L’annulation « surprise » de la marche de Macron à Marseille est-elle vraiment due à un excès de succès ou à des raisons de sécurité, comme son équipe l’a affirmé? Sans polémique inutile, on y verra aussi la manifestation de deux difficultés majeures: l’une porte sur le calendrier de sa campagne, l’autre sur les probabilités de réussite de son mouvement.

Macron dans un calendrier compliqué

La difficulté du calendrier d’Emmanuel Macron est bien connue.

D’un côté, il ne doit surtout pas trop tarder de se déclarer pour avoir le temps de faire campagne auprès d’un électorat qui le connaît encore assez mal. S’il bénéficie d’un effet de mode auprès des classes supérieures de la société, il reste encore un parfait inconnu, ou un montre très froid pour les milieux moins aisés. Il lui faut donc du temps pour s’expliquer et se faire connaître.

D’un autre côté, l’indécision de François Hollande le brime. Comment se déclarer à la candidature quand votre mentor est susceptible de se présenter à sa propre succession? Une candidature trop précoce de Macron, qui entrerait en compétition avec le sortant, changerait forcément la donne et la physionomie utile de sa campagne.

Macron en proie au doute politique

Au-delà de ces points circonstanciels, Emmanuel Macron doit faire face à un autre dilemme, bien plus profond et bien plus délicat: le courant politique qu’il incarne a-t-il un avenir en France, et spécialement à gauche?

Par son discours et son positionnement, Macron se rattache clairement au courant orléaniste représenté à droite par Alain Juppé. Ce courant repose sur une fiction de plus en plus contestable selon laquelle la modernité procède d’une synthèse entre deux postures: l’une défend farouchement l’élite sociale, économique et politique au nom de la bonne gouvernance de la société. L’autre revendique le progrès social. Cet ensemble, assez bien exprimé en son temps par le philosophe américain John Rawls, peut se résumer ainsi: laissons agir les forts, et les faibles s’en porteront mieux.

Ce cercle vertueux a-t-il encore un avenir en politique? Macron lui-même semble avoir un doute.

Splendeur et misère de l’orléanisme

Cette ultime hésitation n’est pas sans raison. La tradition orléaniste en France a toujours connu des hauts et des bas qui la rend relativement incertaine.

Les scores élevés d’Alain Juppé à droite laissent penser, mais en trompe-l’oeil, que l’orléanisme, de gauche comme de droite, peut avoir une chance. En réalité, la popularité actuelle de Juppé tient à la méconnaissance relative de son programme par l’opinion, qui permet de « gommer » ses aspérités, et à l’absence de campagne marquante menée par Nicolas Sarkozy. Alain Juppé, et Macron le sait, ne peut guère se revendiquer d’une affection populaire durable pour sa personne.

Macron n’ignore pas que l’exposition à ce risque est puissante pour lui. Il n’a jamais affronté l’élection, il n’a jamais pris racine dans un territoire, et il est difficile aujourd’hui, dans sa popularité apparente, de faire la distinction entre ce qui relève de la simple mode, et ce qui relève de l’adhésion durable. Et, aujourd’hui, on manque de certitudes, de repères, pour mesurer l’envie qui existerait dans la société française de tenter une aventure élitiste « encadrée », c’est-à-dire avec des objectifs sociaux ou de redistribution.

Ce manque de certitudes est forcément une source de désarroi pour la ministre de l’Economie.

Le bonapartisme n’est pas mort

La presse adore affirmer que Macron est une sorte de clone, mais populaire, de Manuel Valls. En y regardant de plus près, Valls ne semble pourtant pas procéder de la même tradition que Macron, et pourrait même lui planter de douloureuses banderilles dans le dos.

Manuel Valls se rattache en effet plus volontiers à la tradition bonapartiste qu’à la tradition orléaniste. Dans la Révolution Française, Valls n’eût pas été l’homme qui votait la mort du Roi pour pouvoir lui succéder: il l’eût votée pour remplacer la monarchie par la République. Macron, lui, aurait préféré le passage à une monarchie constitutionnelle éclairée. Valls n’eût pas hésité à donner du canon sur la foule pour rétablir l’ordre, Macron si. Valls n’eût pas proposé un milliard d’indemnités aux émigrés, Macron si. Deux apparences proches, mais deux pensées montées très différemment.

Si Manuel Valls souffre d’un impopularité structurelle à gauche, sauf lorsque celle-ci voit en lui une figure de la modernité qui lui manque, Macron lui emboîte les mêmes pas. Si Manuel Valls souffre d’une impopularité temporaire dans l’opinion, due à l’usure de Matignon où il ne brille pas spécialement, Macron pourrait, pour le coup, subir un sort très différent. Macron est superficiellement aimé par l’opinion le temps que sa jeunesse fasse effet sur les esprits. Mais à long terme, il a beaucoup d’atouts pour déplaire, car il incarne cette tradition orléaniste avec laquelle les Français se fâchent souvent. Il est énarque, il fut banquier, il est plutôt riche, il n’est pas élu et il est élitiste.

Structurellement, Valls a plus de potentiel: il est plus « caractériel » sans doute, mais il est jacobin, globalement étatiste, et somme toute moins élitiste, en apparence en tout cas.

L’orléanisme de Macron est adapté aux temps de paix où les Français s’ennuient. Les mouvements de menton de Valls sont plus providentiels dans les phases de crise. Tel est bien le risque auquel s’expose Macron: se laisser abuser par une popularité éphémère, et ne pas voir que sa base politique n’est pas durable. Et il le sait.

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mouvement social

Mouvement social ou actions pré-insurrectionnelles?

Y a-t-il un mouvement social contre la loi Travail? ou bien le gouvernement (et l’opinion publique) ne veut-il pas voir le déploiement sournois, discret d’un projet insurrectionnel sur le mode de ce que Julien Coupat avait annoncé dans le livre collectif: L’insurrection qui vient. L’évolution des dernières heures pose question.

Mouvement social, où es-tu?

La situation sociale laisse perplexe sur l’existence d’un mouvement social proprement dit, c’est-à-dire d’un mouvement ample, mobilisateur, où tous les salariés se retrouvent pour débrayer et agir.

L’un des symptômes de cette absence est contenue dans les chiffres de participation aux manifestations. Avec moins de 20.000 manifestants aujourd’hui dans les rues de Paris, une place de la République à peu près vidée de sa « Nuit Debout », Manuel Valls peut se dire assez légitimement que les formes traditionnelles de la contestation lui envoient des messages rassurants. Non, le secteur privé, non, les salariés ne se soulèvent pas contre la politique gouvernementale.

Une pré-insurrection?

En revanche, la stratégie de la CGT, fondée sur des blocages ciblés touchant les réseaux (le pétrole, l’électricité, et marginalement les chemins de fer) pose véritablement la question de la nature, des intentions, de la volonté qui est à l’oeuvre aujourd’hui. En « consommant » beaucoup moins d’hommes et d’énergie militante, ces actions ont une efficacité redoutable et causent des dommages substantiels à l’économie du pays.

Il est difficile de ne pas se souvenir ici des diatribes de Julien Coupat sur l’utilité de mener une insurrection en bloquant la société sournoisement. On notera par exemple (page 101):

Inutile de s’appesantir sur les trois types de sabotage ouvrier: ralentir le travail, du «va-y mollo» à la grève du zèle; casser les machines, ou en entraver la marche; ébruiter les secrets de l’entreprise. Élargis aux dimensions de l’usine sociale, les principes du sabotage se généralisent de la production à la circulation. L’infrastructure technique de la métropole est vulnérable: ses flux ne sont pas seulement transports de personnes et de marchandises, informations et énergie circulent à travers des réseaux de fils, de fibres et de canalisations, qu’il est possible d’attaquer. Saboter avec quelque conséquence la machine sociale implique aujourd’hui de reconquérir et réinventer les moyens d’interrompre ses réseaux. Comment rendre inutilisable une ligne de TGV, un réseau électrique ? Comment trouver les points faibles des réseaux informatiques, comment brouiller des ondes radios et rendre à la neige le petit écran ?

La CGT est en train d’adapter le manuel de l’insurrection à la légalité syndicale. Le blocage des centrales électriques ou des raffineries de pétrole revient à bloquer la circulation de la « machine sociale » sans commettre d’actes de vandalisme répréhensibles.

L’insurrection de la CGT est donc plus légale que celle de Julien Coupat, mais elle n’en est pas moins efficace ni dangereuse.

La tentation de la dictature

Le chantage exercé, semble-t-il, par la CGT sur la presse pour que celle-ci publie une tribune de Philippe Martinez sous peine de ne pouvoir paraître, en dit long sur la manoeuvre qui se déroule en coulisse. On a du mal à le croire, mais la dictature du prolétariat, que le parti communiste n’a pu imposer en 1921, ni en 1944, ni en 1947, a commencé à pointer le bout de son nez en 2016. Il aura fallu presque cent ans pour que les communistes français parviennent à imiter, en France, leurs amis soviétiques de 1917.

Manuel Valls est peut-être trop occupé pour réagir à la hauteur de l’événement, mais, ne serait-ce que symboliquement, il ne serait pas absurde de marquer le coup.

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Loi Travail

Loi Travail: vers un triomphe des cartels et des ententes?

La Loi Travail est-elle en train de partir en vrille? oui, évidemment. Et les solutions pour rétablir l’équilibre de l’avion pourraient se révéler bien pires que le mal! des députés socialistes proposent en effet de mettre en place, dans la loi, un mécanisme qui équivaudra au triomphe des cartels et des ententes.

La loi Travail consacrera-t-elle le pouvoir de la branche?

Bruno Le Roux, président du groupe PS, et Christophe Sirugue, rapporteur de la loi, ont vendu la mèche hier: réécrire l’article 2 du texte, qui prévoit l’inversion des normes, pour le rendre acceptable par Force Ouvrière. Cette solution permettrait de réduire encore un peu plus les opposants au seul camp de la CGT.

La solution consisterait donc à donner un contrôle aux branches sur les accords d’entreprise.

Si une commission paritaire de branche professionnelle juge que l’accord d’entreprise comporte un risque de dumping social ou de concurrence déloyale, les syndicats qui y siègent pourront dire aux salariés mandatés ou aux délégués syndicaux concernés « vous ne signez pas », a-t-il expliqué. S’ils n’obtempèrent pas, ils pourront se voir retirer leur mandat.

Le triomphe des cartels et des ententes

Comme la loi Travail ne propose aucune réforme de la composition des commissions de branche, autant dire que ce mécanisme donnera, aux grandes entreprises qui constituent celles-ci, un droit de veto sur leurs concurrents.

Prenons, au hasard, la branche du travail temporaire, constituée par trois ou quatre géants et une myriade de nains. Seuls les géants envoient des délégués dans les commissions de branche, que ce soit sur le banc patronal ou le banc salarial. Seuls les géants disposent en effet des moyens nécessaires pour accorder des décharges syndicales.

En soumettant les accords des petites entreprises à la validation préalable des branches professionnelles, la loi donne de fait un pouvoir de contrôle aux géants sur le droit applicable chez leurs concurrents les plus agiles. Autant dire que le capitalisme français, avec ce dispositif, fera un pas de plus vers le règne du cartel et de l’entente.

Comme si le capitalisme de connivence que nous subissons du fait des lois ne suffisait pas…

Une stratégie sans garantie

Au demeurant, rien ne prouve que cette stratégie destinée à isoler la CGT suffise à calmer la grogne sociale. En effet, de toutes parts remonte l’idée d’une alliance tactique de fait entre des forces antagonistes qui voient, dans le combat de la CGT, un bon « véhicule » pour abattre un régime à bout de souffle.

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Education Nationale

Comment l’Education Nationale échappe au contrôle de Bercy

Le rapport de la Cour des Comptes sur l’exécution budgétaire met en lumière la façon dont l’Education Nationale échappe au contrôle de Bercy. Tout au long de l’année 2015, le contrôle budgétaire (CBCM) de l’Education Nationale a en effet refusé de donner son accord à une série de dépenses, notamment à un projet de création de 1.300 emplois. Cette opposition s’est révélée vaine: le ministère de l’Education Nationale a obtenu de Matignon un arbitrage contre Bercy.

Ces quelques extraits en disent long sur la façon dont les relations interministérielles se déroulent:

Au titre de l’exercice budgétaire 2014, le CBCM avait émis un avis négatif sur trois des six programmes prévisionnels de gestion au motif de leur insoutenabilité ainsi que sur deux demandes de fongibilité asymétrique.

Au titre de l’exercice budgétaire 2015 et dès le 24 décembre 2014 lors de son visa sur la répartition initiale des crédits et des emplois, le CBCM émettait des réserves substantielles au regard des tensions annoncées en gestion.

Le 16 mars 2015, le CBCM rendait un avis défavorable sur les cinq programmes prévisionnels de gestion relevant du ministère de l’éducation nationale au motif de leur insoutenabilité. En utilisant les reports de crédits de 2014 sur 2015 et en préemptant les crédits mis en réserve, le MENESR estimait le besoin de financement à 50 M€ sur le titre 2 et à 93,3 M€ en AE et à 92,6 M€ en CP sur le hors titre 2.

Le 10 juin 2015, le CBCM émettait de nouveau les plus grandes réserves sur la soutenabilité du DPGECP (dépassement du schéma d’emploi de la LFI et du plafond de masse salariale hors CAS).

Ces avis ont constitué de simples alertes sur la soutenabilité de la dépense. Les ajustements sont d’autant plus difficiles à opérer que les tensions, tant sur les dépenses de personnel que sur les autres dépenses, laissent peu de marges de manœuvre.

Cette relative impuissance du CBCM résulte en grande partie du calendrier propre au MENESR : le visa du CBCM sur la définition du format des recrutements, donc du nombre de places ouvertes aux concours, intervient très en amont de leur traduction budgétaire. Si le CBCM peut relever d’éventuelles zones de risques, son avis porte sur les concours ouverts en année (n-1) dont les conséquences budgétaires se traduiront à partir de l’année (n) lors de la nomination des lauréats à la rentrée scolaire de l’année (n).

En cours d’exécution budgétaire, le CBCM dispose de peu de leviers d’action pour contraindre la masse salariale tandis que le MENESR a peu de marges de manœuvre pour ajuster les flux entrants de personnel, hormis des mesures de gestion difficiles à mettre en œuvre comme par exemple le gel des affectations des stagiaires en année (n).

Ainsi, le 29 juillet 2015, le CBCM a refusé d’apposer son visa sur la demande de recrutement de 1 324 enseignants stagiaires supplémentaires à la rentrée 2015, enseignants reçus sur liste complémentaire des concours du 1er degré de la session 2014. Afin de passer outre, le ministère a sollicité et obtenu l’arbitrage écrit du Premier ministre en faveur de ces recrutements « afin d’assurer le bon déroulement de la rentrée ». Le ministère considère par ailleurs que ces recrutements n’excédaient pas l’autorisation parlementaire car ils s’inscrivaient, dans une perspective pluriannuelle, dans l’objectif de 54 000 créations de postes, dont 14 000 enseignants titulaires dans le 1er degré.

Ces éléments traduisent la double limite technique et politique qui affecte le pilotage ministériel de la masse salariale sur une mission dont les effets dépassent le cadre de l’annualité budgétaire. D’une part, l’exécution budgétaire de l’année (n) reflète les effets de l’extension en année pleine des mesures adoptées en année (n-1), sur lesquels il est trop tard pour agir, et les effets des nouvelles mesures adoptées en année (n) appliquées lors du dernier trimestre de l’année civile, pour lesquels les moyens d’action sont également réduits puisque les décisions d’ouverture de place aux concours sont visés en n-1. D’autre part, une décision politique peut, eu égard au caractère prioritaire de la mission, neutraliser les effets d’un pilotage technique susceptibles d’infléchir l’évolution de la masse salariale (au cas d’espèce : le blocage du recrutement sur liste complémentaire par l’avis négatif du CBCM déverrouillé sur décision interministérielle).

Enfin, le CBCM a également émis un avis défavorable sur une demande de fongibilité asymétrique, motivé, comme l’année précédente, par l’insuffisance de crédits disponibles prévisionnels du titre 2 hors CAS (cf. infra).

On plaint de tout coeur le CBCM de l’Education Nationale.

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revenu universel

Le revenu universel ou comment les vraies idées libérales progressent

Je participe à un débat ce jeudi à Versailles sur le revenu universel.

La façon dont le débat sur le revenu universel se tient désormais en France illustre de façon tout à fait intéressante l’extraordinaire transformation des idées et du débat public à laquelle nous assistons depuis la Grande Dépression de 2008. Il était trop tentant d’en prendre note avec ironie.

Le revenu universel selon la Fondation Jean-Jaurès

On lira bien entendu avec fascination la note récente de la Fondation Jean-Jaurès consacrée au revenu universel. Celle-ci distingue trois conceptions du revenu universel:

L’approche libertarienne conçoit le revenu de base comme un transfert du pouvoir de décision depuis l’Etat vers les individus (…)

Les approches marxistes et écologistes conçoivent le revenu de base comme un instrument de sortie du capitalisme productiviste, voire du salariat, découplant les revenus du travail salarié et financé par la réappropriation, au moyen de l’impôt, des gains de productivité issus de la robotisation. (…)

Enfin, l’approche social-démocrate, encore peu développée, pourrait concevoir le revenu de base comme une adaptation de la protection sociale, héritée des Trente Glorieuses, aux nouvelles formes de travail et notamment au développement de la pauvreté laborieuse.

On comprend pourquoi cette dernière conception baptisée sociale-démocrate est « encore peu développée »: elle vient juste de naître avec la note de la Fondation Jean-Jaurès, qui récupère ici des thèses jugées comme affreusement libérales et réactionnaires il y a encore quelques mois. Cette récupération consiste notamment à proposer:

Son schéma de financement s’appuie sur un recyclage de tout ou partie des dépenses actuelles de protection sociale, sur des économies en gestion afférentes à cette simplification, ainsi que sur des hausses ciblées de prélèvements obligatoires de façon à ce que la mise en œuvre du revenu de base ne génère pas d’endettement supplémentaire.

Autrement dit, la fondation Jean-Jaurès nous propose, ni plus ni moins, de mettre le doigt dans un engrenage où le revenu universel remplacerait cette forme médiocre de protection sociale que la France appelle sécurité sociale.

Conception sociale-démocrate ou ultra-libérale?

Je me suis évidemment beaucoup amusé en lisant cette proposition, puisqu’elle reprend l’hypothèse que j’ai publiée l’an dernier. Lorsque j’ai osé prétendre que le revenu universel constituait l’avenir de la sécurité sociale, j’ai à l’époque fait l’objet d’une qualification peu enviée en France: celle d’ultra-libéral.

Contrairement à ce que certains libéraux proposent ( lire l’article «  le revenu universel, avenir de la sécurité sociale  » d’ Eric Verhaeghe), l’allocation d’un revenu de base à tous  inconditionnellement ne doit pas se substituer aux prérogatives de l’assurance maladie ni à celles d’un système de retraite par répartition et réduire ainsi la solidarité nationale à son minimum.

Encore plus amusant, cette idée de remplacer la protection sociale, en tout ou partie, par le revenu universel, est combattue par le think tank auto-proclamé libéral « Générations libres », qui écrivait en janvier 2016!

Le logement, le chômage et les retraites sont difficilement solubles dans la nouvelle prestation, et l’assurance-maladie encore moins.

Il est donc tout à fait fascinant de voir comment la fondation Jean-Jaurès, entité proche du Parti Socialiste, peut ranger dans la sociale-démocratie une conception du revenu universel jugée comme trop… libérale, par Gaspar Koenig, gourou de « Générations Libres » et ancienne plume de Christine Lagarde. Cette récupération ni vu ni connu d’une thèse que je me targue d’avoir défendue en m’exposant à de vives critiques, au-delà du sourire qu’elle fait naître, pose une vraie question sur la propagation des idées aujourd’hui.

8 mois pour faire percoler les idées

Il aura fallu huit mois pour qu’un thème ultra-libéral (remplacer la protection sociale par un revenu universel) s’impose assez naturellement comme une idée sociale-démocrate. Ce type de glissement en dit long sur la perméabilité de la social-démocratie aux idées venues d’ailleurs, surtout lorsqu’elles sont pleines de bon sens.

On pourrait dire la même chose de l’ensemble des thématiques économiques. Par exemple, soutenir que l’euro fort est une faute stratégique exposait il y a dix-huit mois aux critiques méprisantes de la technostructure. Assez rapidement, la même technostructure a jugé indispensable de reprendre à son compte cette idée qu’elle combattait avec vigueur jusque-là.

Ces fluctuations de pensée ont une explication simple: le débat public est préempté par une caste de pseudo-intellectuels peu cortiqués, dont la connivence est la seule légitimité. Mon idée est bonne et juste parce que je l’ai entendue dans un dîner ou un cocktail hier soir. Je ne sais pas pourquoi elle circule dans les milieux autorisés, mais si elle circule, elle doit bien reposer sur quelque chose.

L’expérience montre qu’il faut, dans la France contemporaine, entre huit et dix-huit mois pour qu’une idée dissidente mais intelligente soit récupérée par la nomenklatura, après une phase de rejet, de filtrage et d’ingurgitation. Autrement dit, il faut rarement plus d’un an pour qu’une idée juste passe du statut d’invention répugnante de la fachosphère au statut de vérité incontestable véhiculée par « l’élite » de ce pays.

A quoi servent les think tank libéraux?

Dans le cas du revenu universel, il est fascinant de voir que le Parti Socialiste en donne une interprétation beaucoup plus libérale que les think tanks auto-proclamés libéraux. Qu’il me soit permis, les concernant, de leur adresser un amical coup de griffe.

La réalité des think tank libéraux est qu’ils participent au bruit de fond d’une pensée unique largement dictée par les intérêts immédiats d’un gouvernement profond qui financent avec eux l’acquisition d’un substrat idéologique peu épais, peu consistant, et… très peu libéral. Contrairement aux illusions dont beaucoup aiment se goberger, le gouvernement profond n’est pas libéral. Il aime l’Etat parce que celui-ci est son meilleur instrument de domination sur la société.

Croire que les think tank financés à coups de millions par le gouvernement profond puissent être libéraux relève donc de la pure naïveté. En réalité, ils sont des machines d’influence qui fonctionnent sur un modèle unique: une figure qui incarne dans les médias une pensée supposée libérale, et une influence fondée sur des notes en papier mâché pour des journalistes dociles et paresseux qui s’épargnent la peine de s’informer de façon indépendante sur des problématiques qui les ennuient.

En soi, le think tank libéral n’est pas condamnable: il remplit une utilité sociale, celle de concourir à une bataille idéologique livrée par des intérêts puissants contre une réalité rebelle. Mais la fondation Jean-Jaurès vient de montrer avec brio que cet exercice d’influence n’a rien à voir ni avec la pensée, ni avec le libéralisme.

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Loi Travail

Loi Travail: mais où est passé le pays réel?

Article écrit pour le Figaro.

Le pays réel a disparu des écrans radar dans le ciel de la loi Travail. Plus que jamais, la parole politique est confisquée par une minorité assez peu (voire pas du tout) concernée par le texte, et les principaux acteurs à qui cette loi s’adresse en sont réduits à compter les points sans pouvoir intervenir dans le débat.

Radicalisation de la CGT, ou actions minoritaires?

Dans cette confiscation de l’intérêt général, il faut rendre un hommage appuyé aux quelques fédérations (minoritaires) de la CGT qui parviennent à bloquer le pays. Rappelons ici que la fédération de la CGT la plus importante, celle du service public, n’a ni appelé à la grève ni appelé à des blocages. Les seules actions significatives sont menées aujourd’hui par la fédération de la chimie, qui est loin de constituer les gros bataillons de la confédération.

Sur ce point, on constatera la faible mobilisation des cheminots (pourtant touchés par la réforme du statut de la SNCF avant d’être touchés par la loi Travail) et des fédérations (comme celle des soignants) d’ordinaire les plus turbulentes. Les légions des entreprises publiques (EDF, Engie, etc.) n’ont pas encore suivi le mouvement.

Autrement dit, le blocage est le fait de quelques-uns, c’est-à-dire d’une petite minorité au sein d’une confédération minoritaire en France.

Radicalisation du gouvernement, ou préparation d’un remaniement?

Par contraste, la position du gouvernement pourrait sembler plus « majoritaire ».

En réalité, il n’en est rien. Le texte, tel qu’il est sorti des arcanes de l’Assemblée Nationale, ne ressemble plus à rien et ne satisfait personne. En particulier, les entreprises restent sur leur faim, tout particulièrement les plus petites d’entre elles qui créent de l’emploi. La loi Travail devrait en effet accroître leur handicap concurrentiel face aux grandes entreprises, pour lesquelles rien n’est trop beau, sans que l’équivalent des dérogations au Code du Travail prévues par le texte ne soit possible pour les petites entreprises.

Jamais gouvernement n’a aussi peu exprimé le fait majoritaire, et jamais une impopularité n’a été aussi grande.

Aujourd’hui, le Premier Ministre vient d’affirmer qu’il ne lâcherait rien alors que le président du groupe socialiste à l’Assemblée a tendu une main aux Frondeurs pour réécrire le texte. Tout ceci ne ressemble plus à un acte de gouvernement, mais à la préparation d’une sortie avec claquement de portes intégré. Tout prête à croire que Manuel Valls démissionnera avant la fin du mois de juin, et que son successeur devra se contenter d’un texte réécrit à la va-vite pour obtenir une majorité à l’Assemblée et sortir vaille-que-vaille de la crise.

Les Frondeurs et le pays réel

La plausible démission de Manuel Valls marquera le triomphe des Frondeurs, dont les meilleurs scores aux législatives n’ont pas dépassé le million d’électeurs pour un corps électoral total en France de plus de 45 millions de personnes. Autrement dit, des députés représentant tout au plus 2% des Français peuvent aujourd’hui faire la pluie et le beau temps dans ce pays. Voilà qui en dit long sur la déliquescence de ce qui s’appelait à une époque la démocratie représentative et qui s’apparente de plus en plus à une oligarchie exclusivement tournée vers la résolution de ses soucis immédiats.

Le pays réel et les institutions

Au total, c’est bien la Constitution de la Vè République qui paraît fâchée avec le pays réel. Nos institutions ne permettent plus de dégager des majorités efficaces et représentatives du fait majoritaire. Les jeux d’appareils (notamment au moment des investitures) et les tactiques politiciennes ont coupé la représentation nationale de ses bases. Les courants qui agitent la nation ne sont plus rendus fidèlement par le « système ».

On connaît tous la conclusion à laquelle ces ruptures conduisent tôt ou tard: l’Histoire a montré qu’un système politique qui n’est plus en harmonie avec le pays réel disparaissait tôt ou tard. Toute la difficulté est de savoir qui lui donnera l’utile pichenette pour tomber.

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loi Travail

Loi travail: patrons, CGT, même combat!

La loi Travail n’en finit pas de prendre l’eau. Voici quelques bonnes raisons, pour les patrons, de soutenir tactiquement le mouvement de blocage de la CGT en faveur d’un retrait du texte de loi El-Khomri…

La loi Travail ne suffit pas

Si la CGT s’oppose à la loi Travail parce qu’elle va trop loin, les patrons de TPE et de PME peuvent à juste titre considérer qu’elle ne va pas assez loin pour eux, ou alors beaucoup trop loin pour les seules grandes entreprises. Rappelons-le, la loi Travail limite le renversement de la hiérarchie des normes aux seules entreprises disposant d’institutions représentatives du personnel et donc en capacité de négocier. L’écrasante majorité des entreprises sera exclue de ce dispositif et devra compter sur un hypothétique accord de branche pour déroger à la loi.

Cette asymétrie de droits aurait pu être gommée par l’adoption de mesures novatrices sur le mandatement ou sur la transparence dans les branches. Manifestement, le gouvernement ne l’a pas souhaité, de telle sorte que les leviers se sont multipliés pour favoriser les entreprises les moins créatrices d’emploi (accords majoritaires, possibilité de referendum), quand la voie restait bouchée pour les plus dynamiques.

On voit mal pourquoi, aujourd’hui, les entreprises qui seront pénalisées par ce texte devraient lever le petit doigt pour aider un gouvernement dont la concertation, côté patronal, s’est limitée au seul MEDEF.

Le risque du débat parlementaire

À cette insatisfaction s’ajoute un autre risque. La deuxième lecture à l’Assemblée Nationale se fera sous tension. Les « Frondeurs » ont en effet annoncé le dépôt d’une nouvelle motion de censure qui aura, cette fois, toute chance de passer en cas de réutilisation du 49-3. Manuel Valls a donc d’ores et déjà annoncé qu’il n’y aurait pas recours.

Cette information est cataclysmique pour les entreprises, dans la mesure où la deuxième lecture donnera lieu à une profusion d’amendements destructeurs. Les députés frondeurs, qui représentent très exactement 1,5% des électeurs français, devraient in fine résumer la loi aux droits nouveaux négociés par la CFDT et à quelques complications à rebours des intentions initiales affichées par le gouvernement.

Pour les entreprises, il est donc tant d’arrêter la machine à perdre avant la déroute complète.

L’ironie du sort…

L’ironie du sort veut que la contestation en France sévisse au moment où Ernst and Young sort son étude annuelle sur les investissements étrangers en Europe. Pour la France, l’annonce est très mauvaise:

Dans ce contexte, la France en a attiré 598, soit 2% de moins qu’un an auparavant. Il s’agit de la « seule et unique baisse parmi le top 15 européen », souligne EY (ex-Ernst and Young) dans son étude.

En termes d’emplois, le tableau est un petit peu plus réjouissant, ces projets ayant représenté 13.639 emplois, soit 8% de plus qu’en 2014. Toutefois, cette hausse « reste à relativiser par rapport à la dynamique européenne » (+17%), nuance EY.

Point particulièrement préoccupant, « on observe un décrochage fort de la France par rapport à ses deux concurrents », le Royaume-Uni – qui a attiré 1.065 projets – et l’Allemagne – 946 projets -, a déclaré Marc Lhermitte, associé d’EY.

– La France pénalisée par la perception négative de sa fiscalité et de « l’inflexibilité du marché du travail » –

Malgré ses efforts pour améliorer la situation, la France pâtit d’une « perception fortement dégradée » de sa compétitivité-prix dans l’ensemble : « 72% des décideurs internationaux jugent la fiscalité française peu ou pas attractive et 73% déplorent son niveau de charges sociales », indique l’étude.

L’attractivité du pays souffre aussi de « l’inflexibilité du marché du travail », avec 17% seulement des décideurs jugeant la France attractive sur ce point, de son « climat social tendu » et du manque de clarté « de son environnement politique, législatif et administratif ».

Pourtant, la perception de l’attractivité du pays s’est redressée en 2015, avec 80% des décideurs interrogés se disant « plutôt » ou « très satisfaits », soit 12 points de plus qu’en 2014. Mais interrogés sur leurs perspectives d’implantation en France à un an, ils ne sont plus que 24% à dire avoir un tel projet, contre 35% l’année précédente.

Voilà qui se passe de commentaires…

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Hidalgo

Le somptueux (et immoral) cadeau d’Hidalgo à ses fonctionnaires

On le sait, Anne Hidalgo, ancienne inspectrice des affaires sociales, aime les fonctionnaires. Sur le papier en tout cas car, comme l’indiquait Didier Le reste (Front de Gauche), ancien leader des cheminots de la CGT au Conseil de Paris le 26 octobre 2015:

Le blocage du point d’indice est une attaque en règle contre le niveau de vie des agents car les prix, entre autres des biens de consommation courante et des loyers continuent à augmenter et, de fait, les agents vivent de moins en moins bien. Voilà pourquoi nous comprenons que les agents se mobilisent et revendiquent des taux de promotion de 100 %. C’est avant tout pour défendre leur pouvoir d’achat et ils ont raison.

Les agents de la Ville sont mécontents et, officiellement, seules des questions de pouvoir d’achat sont en cause.

Anne Hidalgo et ses petits cadeaux…

Pour remédier à cette situation, Anne Hidalgo a discrètement fait passer une mesure au Conseil de Paris, lors du débat d’octobre sur l’orientation budgétaire de la Ville, qui semble passée inaperçue: la (très) forte augmentation du quota de logements sociaux municipaux attribués aux fonctionnaires de la Ville.

Pour en retrouver la trace, il faut se pencher sur un compte-rendu de réunion des délégués du personnel de Paris Habitat en date de novembre 2015, qui explique ceci:

Hidalgo

Assez curieusement, cette communication n’est pas publiée (sauf erreur de ma part) sur le site de la Ville de Paris. Une hausse de 33% des attributions de logement aux fonctionnaires constitue en tout cas un superbe cadeau.

Un rapide calcul permet d’en mesurer l’impact. Hidalgo a annoncé 10.000 logements sociaux nouveaux en 2016. Un quart de ces logements devrait être attribué à des fonctionnaires municipaux, soit 2.500 attributions. C’est précisément le nombre de créations de postes que la Maire a annoncé dans ses services. Autrement dit, tous les nouveaux fonctionnaires parisiens pourront être logés par la Ville.

Rappelons que la Ville compte 55.000 agents pour près de 2 millions d’habitants, soit moins de 3% de la population. 25% des attributions de logements sociaux réservées à 3% de la population bénéficiant de la garantie de l’emploi… Même le Parti Communiste de l’Union Soviétique n’avait pas osé.

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CGT

Loi Travail: qui sont ceux de la CGT à la manoeuvre?

Article écrit pour Atlantico.

La CGT mène une campagne active contre la loi Travail. Si les mouvements de blocage se développent sous la bénédiction de Philippe Martinez, la confédération apparaît relativement en retrait par rapport à certains syndicats locaux très actifs. En voici un rapide passage en revue.

Les transports, mi-figue mi-raisin

Après les appels de Philippe Martinez à la grève reconductible, la CGT Transports s’est assez rapidement sentie pousser des ailes. Certains syndicats locaux ont fait preuve d’un véritable activisme, comme le syndicat de Geodis, filiale de la SNCF. La fédération des Transports est toutefois très divisée et son secrétaire, Jérôme Vérité, qui a annoncé qu’il n’y aurait aucun blocage de routes, n’appartient pas à l’aile la plus dure de la confédération.

Proche de Thierry Lepaon, Jérôme Vérité s’est d’ailleurs empressé de « dealer » un arrangement avec le gouvernement, dont la valeur est très relative, mais qui justifie une sorte de crise. Sur ce point, Manuel Valls peut donc être rassuré.

La chimie, une fédération plus explosive

La fédération de la chimie apparaît comme beaucoup plus soudée et organisée pour faire face à la grève. C’est d’ailleurs elle qui a efficacement pris le relais pour bloquer les raffineries et les dépôts d’essence. Conduite par Carlos Moreira, la fédération compte quelques ténors comme le délégué central de Michelin, Hervé Bancel, qui déclarait au dernier congrès de la confédération:

Pour nous, le retrait du projet de loi El Khomri est le meilleur moyen de renouer avec la victoire et que tous ceux qui luttent pour ce retrait sans compromission soient les bienvenus. Arrêtons de tergiverser, mettons-nous en ordre de bataille, retrouvons nos fondamentaux de lutte de classes et de masse et faisons reculer ce gouvernement et le patronat par la même occasion, en bloquant les profits. Dans chaque entreprise, ainsi que dans la fonction publique, et partout en France, le seul mot d’ordre doit être LA GRÈVE.

Il existe donc un vrai risque pour que cette fédération participe à un durcissement effectif du mouvement.

L’Union de Seine-Maritime

Les militants de la chimie peuvent trouver, en Seine-Maritime, où la raffinerie du Havre est bloquée depuis le début, d’importants soutiens. L’Union Départementale 76 est en effet tenue par les activistes lambertistes et par la gauche prolétarienne. C’est largement sur eux que Philippe Martinez s’est appuyé au congrès d’avril pour lancer un appel à la grève générale reconductible.

RATP et SNCF en embuscade

Dans la foulée des mouvements organisés dans le secteur pétrolier, les fédérations historiques de transports de voyageurs (RATP et SNCF) devraient retrouver une certaine ardeur. L’ambiance n’y est pourtant pas à la fête. Ces fédérations sont en effet en perte de vitesse dans chacune des entreprises où elles occupent une place historique. Elles paient très largement une usure et des pratiques très critiquables.

La relance des grèves leur donne l’occasion de mettre en avant des revendications statutaires et salariales. Toutefois, il s’agit d’une sorte d’infanterie de ligne sans véritable capacité d’innovation dans les luttes.

La tentation PSA pour la CGT

Il faudra suivre avec intérêt les actions qui seront menées chez Peugeot jeudi, à l’initiative de Lutte Ouvrière et de la Gauche Prolétarienne, très implantées dans l’entreprise. Souvenons-nous de ce qui était dit en 2013 sur la grève « historique » qui avait paralysé l’entreprise:

Dès 2007, les ouvriers avaient testé leurs forces (« Grève de classe à PSA Aulnay« ), ils savaient qu’ils pouvaient compter sur 300-350 grévistes solides, des jeunes qui se connaissent, déterminés.
Et puis une équipe de militants radicaux de terrain, dans l’usine, ça donne une capacité d’organisation et de mobilisation, c’est évident, ça donne des actions quotidiennes, ça donne des assemblées, ça donne une grève organisée méthodiquement et rigoureusement (et donc la confiance aux grévistes).

Les fédérations incertaines

Certaines fédérations de la CGT pourraient par ailleurs basculer dans la grève du fait de leur affaiblissement ou de leurs tensions internes. C’est par exemple le cas du syndicat de la santé, où une majorité de militants a fait barrage à la réélection de l’ancienne secrétaire, accessoirement Mme Martinez à la ville. Et c’est peut-être le principal problème du gouvernement aujourd’hui. Il ne tient pas à un poids excessif de Philippe Martinez au sein de son organisation, mais plutôt à ses difficultés internes.

Rappelons que le rapport moral de Martinez a rassemblé moins de 60% des militants au dernier Congrès. Ce score extraordinairement bas traduit une crise forte de l’organisation dont la conséquence est assez rapide: le syndicat est désormais « tenu » par ses fractions les plus dures.

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loi Travail

Loi Travail: glissement progressif vers le délire

Article écrit pour le Figaro.

Pour le gouvernement, la loi Travail (toujours aussi vivante que le canard de Robert Lamoureux) se transforme en véritable chemin de croix, dont on peut désormais se demander s’il ne conduira pas Manuel Valls au Golgotha gouvernemental vulgairement appelé la démission. Après un virage initial à 90° imposé par les syndicats réformistes, puis un recours au 49-3 imposé par les Frondeurs, c’est à une bien plus gênante agrégation progressive de multiples grèves que le Premier Ministre est désormais confronté.

Le secteur privé ouvre désormais la voie

La grève, on le sait, est le sport où la France brille avec le plus de facilité et de naturel. Très peu de nations (en dehors du Venezuela) peuvent lui contester son primat. Ces dernières semaines, elles demeuraient toutefois l’apanage du secteur public, grand consommateur de conflits sociaux. La nouveauté apparue la semaine dernière tient au développement de la grogne dans le secteur privé, qui apparaît désormais comme l’initiateur du mouvement.

Les premiers à débrayer ont été les chauffeurs routiers, directement impactés par la modification du calcul des heures supplémentaires rendue possible par la loi Travail. Le gouvernement s’est empressé d’éteindre l’incendie en prenant un engagement relativement creux sur la préservation des acquis sociaux dans la branche. Même si les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent, le geste a permis de calmer le mouvement.

Mais dans la foulée, ce sont les raffineries de pétrole qui sont devenues un enjeu syndical plus gênant pour le gouvernement. Il ne sera en effet pas possible de mettre tous les dépôts de carburant sous contrôle, ni d’obliger les salariés des raffineries à reprendre le travail. Malgré les dénis officiels, la pénurie pointe le bout de son nez.

Il n’en fallait pas plus pour que les transports reprennent le mouvement, avec un blocage de la SNCF et de la RATP en perspective.

Les éléments qui doivent inquiéter dans ce mouvement

Le fait que le secteur privé donne des signes de mobilisation après le recours au 49-3 constitue un premier élément embarrassant pour le gouvernement, qui était parvenu à juguler la contestation jusqu’ici. Ce qui frappe surtout, ce sont divers éléments de contexte plus discrets.

Le premier d’entre eux tient à l’origine du mouvement. Ce sont des fédérations qui se mobilisent plus que des confédérations. Au sein même des fédérations, ce sont volontiers des syndicats locaux qui passent à l’action. Lorsqu’un conflit social n’est pas dirigé « par en haut » et vient d’une avant-garde déterminée, on peut commencer à s’inquiéter.

Le deuxième élément qui retient l’attention est celui de la mauvaise conjonction astrale qui est à l’oeuvre. Les professions qui se mettent en grève sortent toutes de négociations salariales annuelles infructueuses. Cette année, les salaires n’ont pas augmenté, alors que les profits versés aux actionnaires ne sont pas en reste. La loi Travail apparaît ici comme une goutte d’eau qui fait déborder d’autres vases (ceux, bien plus volumineux, d’une perte de pouvoir d’achat et d’une désillusion vis-à-vis des employeurs), et là, on peut dire « attention ».

Le troisième élément est là encore celui de la simultanéité de la grogne avec la réforme statutaire de la SNCF qui constitue une importante prise de risque pour le gouvernement. Ce dernier a fait le choix de maintenir le trop oxydé Guillaume Pépy à son poste, sous respirateur artificiel. Pépy est à la SNCF ce que Fidel Castro est à Cuba. Il ne tient plus rien en interne et la prise de risque est ici colossale.

Bref, le contexte est mauvais. Cela ne signifie pas que le pire est à venir. Mais cela signifie au moins que le gouvernement a joué avec le feu dans cette affaire.

Contre la loi Travail, la Révolution ou la chienlit?

Face aux mouvements décentralisés et plus ou moins spontanés, le gouvernement se trouve dans la traditionnelle difficulté de savoir avec qui négocier. L’exercice est d’autant plus complexe que le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, appelle depuis son congrès à la grève reconductible. Il ne paraît donc pas être l’homme de la situation pour reprendre les choses en main.

Au jeu des probabilités, trois scénarios semblent désormais possibles.

Soit le mouvement s’essouffle, mais cette probabilité semble assez faible, dans la mesure où la loi Travail n’est pas prête d’être promulguée. Il faudrait aller très vite pour tourner la page, mais les institutions sont les institutions, et rien n’exclut qu’une motion de censure ne s’ajoute, en juin, aux perturbations atmosphériques que l’avion vallsien traverse aujourd’hui.

Soit le mouvement continue à se propager et la situation risque d’être compliquée pour l’équipe au pouvoir. La multiplication des blocages risque de mécontenter les Français avec d’autant plus d’acuité que certains hésitants pourraient se décider à passer à l’acte au vu du relatif succès de la contestation. Ce scénario assez probable constitue une vraie épine dans le pied de Manuel Valls, car il plombera définitivement la crédibilité d’une réforme déjà fortement vidée de sa substance.

Un ultime scénario paraît moins probable, mais n’est pas à exclure: celui d’une radicalisation du mouvement, d’une convergence des luttes, et d’un blocage massif de l’activité. Les conditions ne semblent pas complètement réunies pour que les événements prennent cette tournure, mais on sent néanmoins que certains mouvements de type révolutionnaire ont décidé de durcir le ton.

Plus que jamais, le finalement très bonapartiste Valls a joué un va-tout assez inattendu dans cette réforme très mal ficelée du Code du Travail et l’histoire soulignera l’ampleur peut-être mal évaluée en début d’année, de la prise de risque qu’il a acceptée pour le pays.

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Eglise

LCP et son étrange présentation de l’Eglise

Le 6 mai, LCP (la Chaîne Parlementaire) s’est livré à un curieux exercice sur l’Eglise avec son émission Droit de suite. Celle-ci portait un titre qui aurait mérité, en soi, une intervention rigoureuse des responsables ecclésiastiques:

Communautés catholiques : gare aux sectes ?

On imagine, en tout cas, quelle qu’eût été la réaction si le titre avait été: « Communautés juives: gare aux sectes? » ou encore « Communautés musulmanes: gare aux sectes? ». Quand on connait l’extrême prudence qui est requise dans la bien-pensance pour toute expression relative aux religions minoritaires en France, on s’étonne de la légèreté avec laquelle des amalgames peuvent être suggérées concernant le groupe religieux dominant.

Une étrange programmation

Le propos de l’émission était essentiellement consacré à la Communauté des Béatitudes, largement accusée, tout au long d’un documentaire, d’être une secte en bonne et due forme: elle aurait accumulé un patrimoine colossal, dépouillé ses membres, et se livrerait à des séances de guérison miraculeuse et, bien entendu, à toutes les formes de pédophilie.

Que la Chaîne Parlementaire s’intéresse à ce sujet n’éveillerait pas l’attention, s’il n’était présenté de façon tapageuse et provocatrice comme un sujet sur l’ensemble des communautés catholiques, alors qu’une seule d’entre elles était examinée. Qui plus est, on ne pouvait s’empêcher de s’interroger sur le documentaire diffusé à l’appui de cette charge en règle. Réalisé en 2011 par Sophie, sa projection 5 ans après sa réalisation ne pouvait qu’intriguer.

Une charge déguisée contre Barbarin?

Quel élément d’actualité justifiait cette diffusion si éloignée de la réalisation? L’émission ne l’expliquait pas et renvoyait le spectateur à son interrogation. Difficile de ne pas en conclure que les accusations de protection de la pédophilie proférées contre le cardinal Barbarin étaient le principal motif d’actualité pour déterrer cette enquête ancienne.

Et soudain on comprend que la chaîne parlementaire fait entendre sa petite voix pour laisser croire que l’institution religieuse dans son ensemble est une plaie participant à une vaste entreprise pédophilique. C’est la contribution du service public à une opération de déstabilisation d’un cardinal.

Les circonstances du débat qui suit le documentaire renforcent ce sentiment. Aucun membre de la communauté attaquée n’est présent pour faire entendre sa voix. Cette curieuse conception du journalisme s’accommode en revanche d’une forte présence de détracteurs de l’Eglise: celle de la réalisatrice bien entendu (qui, elle, peut s’exprimer), mais aussi d’Eric Vinson, défenseur officiel de la laïcité, et de Georges Fenech, ancien président de la mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES), auteur d’un rapport à charge contre les Béatitudes.

Les « accusés » ne disposaient que d’un représentant: Antoine de Romanet, curé à Auteuil qui n’avait aucune connaissance particulière du dossier.

Le déséquilibre du débat, là encore, étonne et suscite un malaise. Que cherchait la Chaîne en prenant autant de libertés avec la déontologie du journaliste?

Le rôle particulier des Lyonnais dans ce dossier

Georges Fenech, présent au débat, n’est pas seulement l’ancien président de la MIVILUDES, il est aussi député Les Républicains du Rhône, là où Barbarin est mis en cause. Cette coïncidence intrigue. Dans la thématique générale: l’Eglise de France couvre des faits délictueux, la partition que joue Fenech ce soir-là ressemble curieusement à un billard à plusieurs bandes.

En outre, on remarquera aussi que les travaux de Sophie Bonnet sur la pédophilie dans l’Eglise ont suscité l’intérêt d’une autre entité lyonnaise: la communauté Golias, qui avait repercuté, en 2011, une enquête menée par cette journaliste pour le compte des Inrockuptibles.

Il ne s’agit bien entendu que de coïncidences, mais tellement étonnantes au moment où sévit l’affaire Barbarin…

Sur le fond du dossier

Il se trouve que j’ai par hasard voyagé il y a quelques semaines avec un prêtre de la communauté des Béatitudes. Je ne suis pas croyant, je n’ai jamais caché mes options personnelles déistes, et je n’ai aucune forme d’implication personnelle dans la vie de l’Eglise. En discutant avec ce prêtre, j’avais toutefois été frappé par une forme de rigorisme moral au fondement de la théologie des Béatitudes.

Le reportage diffusé sur LCP m’a à la fois surpris et choqué dans la mesure où la dimension spirituelle de cette communauté était totalement passée sous silence. Je reste encore estomaqué par la capacité du service public à diffuser une information qui est manifestement malveillante et ne cherche nullement à informer.

Cela ne signifie bien entendu pas qu’il n’y a pas eu d’actes délictueux commis au sein de cette communauté. S’ils l’ont été, ils doivent être sanctionnés et il ne s’agit pas ici de justifier des choses qui ne peuvent l’être. En revanche, il m’a semblé normal de donner la parole aux Béatitudes pour rétablir certaines vérités nécessaires à l’information du public.

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Eglise

« La présidente de la Chaîne Parlementaire ne répond pas »

Je publie ici une interview de Martin de Tours, prêtre assistant général de la communauté des Béatitudes, en réponse au documentaire diffusé sur la chaîne parlementaire.

Un documentaire de 2011 consacré à votre communauté a été diffusé le 6 mai 2016 par la Chaîne Parlementaire. Ce documentaire vous a-t-il paru équilibré? Pourquoi? Le cas échéant, quels reproches majeurs lui adressez-vous?

Ce documentaire contient de nombreux éléments mensongers, comme par exemple la séance de guérison psycho-spirituelle au sanctuaire de Lisieux qui n’a d’aucune manière été organisée par la Communauté des Béatitudes et n’impliquait aucun de ses membres. A l’évidence, les auteurs de ce documentaire ont une thèse violemment à charge et veulent la prouver par tous les moyens, fussent les moins honnêtes. De plus, il n’est pas précisé que ce documentaire date de 2011 et que, depuis lors, la Communauté a accompli tout un travail de réforme et restructuration notoirement reconnu. Enfin le plus grave est qu’à la suite de ce documentaire a lieu un débat sensé faire le point sur la situation de la Communauté aujourd’hui mais auquel aucun de ses représentants n’a été convié pour s’exprimer sur les questions légitimes que suscite ce documentaire gravement mensonger, ni sur l’évolution des cinq années écoulées depuis. Les droits de la défense ont été gravement violés. Aussitôt interrogée sur les raisons de ce grave manquement, la présidente de La Chaîne Parlementaire n’a pour l’instant pas daigné répondre.

Ce documentaire accorde beaucoup d’importance à votre patrimoine immobilier et à votre chiffre d’affaires. Pouvez-vous nous préciser de quoi il s’agit au juste? Pouvez-vous nous indiquer des chiffres sur votre activité?

Sur les quinze implantations de la Communauté en France, quatre seulement lui appartiennent, toutes les autres étant sous le régime de commodats passés avec les diocèses ou les congrégations religieuses qui en sont propriétaire. Cette proportion d’un patrimoine immobilier limité à un tiers de ses implantations est le même dans le reste du monde. La Communauté ne dispose d’aucun revenu financier qui résulterait de placements mobiliers ou immobiliers.

Chaque implantation de la Communauté des Béatitudes exerce ses activités propres générant ses revenus propres, auquel s’ajoutent les participations des membres ayant leurs activités propres. Ces ressources nous permettent de vivre sobrement et dignement, assumant de manière responsable ce qui nous revient. Elles sont toutefois insuffisantes pour couvrir les frais de formation des jeunes vocations qui s’élèvent environ à 500 000 €/an, pour lesquels nous devons recourir à une collecte de fonds. Sur ce point encore, les allégations du documentaire relèvent du fantasme sans lien aucun avec la réalité.

Le documentaire vous reproche de « dissimuler » le travail des bénévoles qui vous accompagnent et cite dans ce registre le cas d’un couple qui aurait perdu 15.000 euros d’économies au bénéfice de la communauté. Qu’en est-il au juste?

Tous les membres de la communauté vivent de leur travail soit à l’extérieur de la communauté soit dans des missions à l’intérieur de la communauté et s’engagent à vivre dans un esprit de partage selon les modalités qu’ils choisissent. Le couple dont il est question avait librement pris un engagement de vie dans la Communauté. Personne n’a jamais été contraint de prendre un tel engagement. Ce couple a d’ailleurs été débouté de la plainte qu’il avait portée devant les tribunaux en 2008.

Le documentaire vous attribue différentes pratiques sectaires. Il est cautionné, en ce sens, par l’ancien président de la MIVILUDES. Que répondez-vous à ces accusations?

La Communauté ne conteste pas les dérives qui l’ont affectée (confusion dans la vie commune des états de vie, problème de gouvernance, fautes graves de certains de ses membres) entre 1985 et 2005, avec toutes les souffrances provoquées chez de trop nombreuses personnes. Dans un communiqué de presse publié en novembre 2011, elle a reconnu publiquement ces dérives et depuis 2010, sous la conduite du Saint-Siège qui a nommé auprès d’elle un Commissaire pontifical, elle a résolument entrepris de les redresser par un profond travail de vérité et de réforme. Cette étape s’est achevée en novembre 2015 avec l’Assemblée Générale de la Communauté qui s’est tenue dans un climat pacifié et a élu un gouvernement propre pour 4 ans. Ceci sous la bienveillance du Saint-Siège qui continue de l’accompagner au travers d’un assistant apostolique et encourage à travers elle une nouvelle forme de vie consacrée dans l’Eglise du type « Famille ecclésiale ».

L’ancien président de la MIVILUDES, dont la seule visite à la Communauté date de 2009, parlait alors d’une nécessaire « vigilance » envers la Communauté, sans employer les mots de « dérives sectaires » ou d’«emprise mentale», pourtant courant dans la rhétorique de la MIVILUDES. En 2012, il n’a pas accepté de recevoir le Commissaire pontifical, qui avait demandé à le rencontrer pour lui exposer le travail de réforme en cours dans la Communauté sous la conduite du Saint-Siège.

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branche professionnelle

Loi Travail: l’opacité des branches professionnelles peut-elle durer?

Les branches professionnelles seront-elles l’os que le gouvernement ne pourra digérer? La loi Travail entame la navette parlementaire, et le gouvernement n’est probablement pas au bout de ses mauvaises surprises sur ce sujet devenu épineux. L’une des grandes faiblesses de son texte tient en effet à sa timidité sur la question très mal connue des branches professionnelles, mais qui risque bien de lui revenir en boomerang dans la figure.

La branche, instrument de discrimination des TPE

C’est le gouvernement qui fait le choix de se « cornériser » tout seul sur le sujet en conférant à la branche le pouvoir exorbitant d’autoriser ou non les dérogations au code du travail dans les très petites entreprises. Faute de disposer d’institutions représentatives du personnel, en effet, celles-ci seront privées de la possibilité de déroger à la loi par accord d’entreprise.

Une alternative aurait pu être trouvée en rendant possible le mandatement dans toutes les TPE, mais le gouvernement n’a pas souhaité explorer cette voie. Donc, si nos entreprises de moins de dix salariés veulent bénéficier des mêmes dérogations que les autres, elles sont obligées de disposer d’un accord de branche.

La branche est donc devenue le poumon essentiel de la flexibilité en France pour une proportion importante de salariés (plus de 2 millions de salariés concernés).

Mais… qu’est-ce qu’une branche professionnelle?

Il se trouve que la loi Travail fait aussi le choix de maintenir la branche dans l’opacité juridique. Si la loi précise effectivement les conditions dans lesquelles des fusions de branche pourront intervenir, elle ne dit rien sur la définition d’une branche, et encore moins sur les négociations de branche.

Ce silence pose un véritable problème, puisque personne ne sait exactement comment sont négociés les accords de branche. Par exemple, la loi n’impose aucune règle sur la composition des délégations qui négocient, ni sur les mandats que celles-ci détiennent, ni sur les initiatives de négocier dans les branches.

Concrètement, une branche qui refusera de négocier un accord dérogeant à la loi posera un problème majeur aux très petites entreprises qui n’y exercent aucune influence. Reste la possibilité de créer une fédération patronale spécifique… mais il faut trouver des syndicats représentatifs de salariés prêts à signer des accords avec elle, ce qui n’est pas simple.

La branche professionnelle face à la rupture d’égalité

La loi Travail comporte donc une importante zone d’ombre: elle n’a pas « moralisé » le fonctionnement des branches professionnelles et empêche ce faisant les deux tiers des entreprises françaises (2 millions de TPE sur un ensemble de 3 millions d’entreprises) d’accéder aux droits des autres entreprises dans des conditions satisfaisantes. Ce déséquilibre et cet empêchement sont absurdes en termes de compétitivité, dans la mesure où, chacun le sait, ce sont ces entreprises qui créent le plus facilement de l’emploi.

Une fois de plus, la loi Travail apparaît d’abord comme une barrière protectionniste pour les plus gros acteurs économiques, dont la vie sera facilitée. Le bon sens est ici, pour les TPE, de se regrouper pour soulever le motif juridique de cette rupture d’égalité et ainsi obtenir la reconnaissance de l’inconstitutionnalité de la loi.

 

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influence

Les élites au coeur de notre perte d’influence

Les élites françaises et leur incapacité à se remettre en cause portent une écrasante responsabilité dans la cataclysmique perte française d’influence depuis 10 ans.

Notre dramatique perte d’influence

La perte d’influence de la France s’accélère dangereusement depuis une dizaine d’années. Comme toujours lorsqu’il s’agit d’influence, la mesure exacte du phénomène est difficile, parce que ses effets se font sentir à long terme. Des évolutions qui paraissent marginales aujourd’hui se révéleront désastreuses demain.

Plusieurs exemples permettent toutefois de deviner l’ampleur des dégâts.

Notre perte d’influence en Europe

S’il fallait démontrer que la France perd de l’influence en Europe, il suffirait d’écouter les propos du président Jean-Claude Juncker, imposé en son temps à la France, rappelons-le, par l’Allemagne. Même Juncker s’effraie de la cruelle absence française sur la scène européenne:

« J’aime trop la France pour ne pas voir ses faiblesses, mais elle serait bien placée pour ramener l’Europe à l’essentiel. En revigorant la dimension de solidarité et en développant un discours sur la nécessité de l’assainissement des finances publiques, sans perdre de vue le triangle vertueux : assainissement budgétaire, réformes structurelles et investissements », explique-t-il au Monde.

« Je souhaiterais que, sur l’Europe, il y ait une plus large entente entre les principales forces politiques de l’Hexagone. La France, qui aime à se diviser sur tout, devrait éviter de le faire sur l’Europe », poursuit-il. « Elle a un discours à porter, un message à livrer, une certaine idée de l’Europe à défendre. Si un message cohérent venait d’elle, cela aurait un effet important face au discours britannique. »

On rappellera ici, en complément de ce « message » transparent envoyé par Juncker, quelques éléments concrets sur notre perte d’influence dans l’Union. De l’aveu même de 101 fonctionnaires français travaillant à Bruxelles, le poids de la France en Europe est majoritairement considéré comme moyen ou faible. 80% d’entre eux utilisent l’anglais comme première langue de travail.

Encore n’évoqué-je pas ici l’éviction progressive des Français dans les cabinets des commissaires européens, signal funeste d’une prise en main de l’appareil bruxellois par les Britanniques et les Allemands à notre détriment.

Notre perte d’influence au Proche-Orient

Je rappelle régulièrement l’absence totale de la France sur la question turque. Nous y reviendrons, car elle illustre l’incapacité des élites françaises à modifier leur cadre de compréhension du monde. Pendant qu’Erdogan s’affirme comme une puissance régionale majeure, la France se consacre aux chantiers qu’elle a connus lorsque ses élites se formaient à l’université.

C’est le cas sur le conflit palestinien, qui n’intéresse plus personne, et où Jean-Marc Ayrault fait la démonstration des difficultés françaises à peser. Pendant ce temps, le gouvernement français s’épuise dans une relative de subordination à l’Arabie Saoudite et au Qatar, dont les résultats sont décevants et les coûts politico-religieux élevés.

Notre perte d’influence en Afrique

Mais le plus dramatique se déroule en Afrique. La diplomatie de la canonnière que nous y menons encore ne pourra pas éternellement cacher la montée en puissance de la Chine comme puissance rivale. La Chine développe une véritable stratégie de développement en Afrique qui éloigne progressivement les pays africains de l’influence française.

Le phénomène, annoncé depuis près de 20 ans, n’a appelé qu’une seule réponse en France: le renoncement officiel (et absurde) à la Françafrique.

La résignation des élites

Beaucoup, dans l’élite française, présentent cette perte d’influence comme une nécessité historique, une tendance inéluctable qu’ils choisissent d’accompagner allègrement. On retrouve ici le vieux discours selon lequel la France ne peut plus peser par elle-même, et qu’elle a besoin de l’Europe pour exister. Les mêmes oublient de dire que plus la France se repose sur l’Europe, moins elle y est influente.

La résignation des élites connaît aujourd’hui une sorte de montée en puissance. J’en prendrai pour preuve la nomination de Guillaume Duval au Conseil Economique et Social par le gouvernement, quelques semaines après la sortie de son livre intitulé: La France ne sera plus jamais une grande puissance? Tant mieux ! Pour qu’un gouvernement récompense ce genre d’écrit, c’est bien le signe que quelque chose ne fonctionne plus dans la caste des décideurs.

Même si personne ne l’avoue, tout le monde sait que le problème majeur de notre perte d’influence tient à cette prophétie auto-réalisatrice: la France perd son influence parce que les élites ont besoin de prouver que cette perte est inéluctable. Plus l’élite pense que la France est un pays fini, et plus le déclin s’accélère.

Renouer avec une ambition internationale

Partout où la France a existé, elle est pourtant attendue et le monde souhaite entendre sa voix. C’est évidemment le cas en Europe où la France doit rééquilibrer l’influence excessive de l’Allemagne. C’est aussi le cas en Afrique où nous savons tous que les liens entre les Africains et la Chine seront globalement moins profitables à l’Afrique. C’est le cas au Proche-Orient où le choix démentiel de soutenir des régimes salafistes et de faire la guerre à des régimes laïcs, comme en Syrie, ne peut qu’être dramatique dans la durée.

Il est donc indispensable que la France renoue avec une ambition internationale qu’elle est, contrairement aux discours de notre gouvernement profond, totalement légitime à porter.

Renouveler les élites pour renouveler notre vision du monde

Pour renouer avec une saine ambition internationale, la France doit avoir une explication de fond avec ceux qui colonisent aujourd’hui les postes de décision, et qui détestent rendre des comptes au citoyen. Je reprends ici l’analyse de la question turque comme illustration du mal inoculé par les élites françaises.

L’affirmation de la Turquie comme puissance régionale date des années 2000, et singulièrement de l’arrivée d’Erdogan au pouvoir. Pour décoder cette dynamique nouvelle, il faut accepter de franchir un certain nombre d’étapes intellectuelles. D’abord accepter de ne pas tout savoir, et spécialement accepter l’idée que le monde change et que la réalité de 2016 n’est pas celle qu’on nous a apprise à l’école (quelle qu’elle soit). Ensuite, il faut accepter de réformer ses conceptions et ses doctrines pour s’adapter au monde nouveau. Enfin, il faut être capable de miser sur des dynamiques nouvelles partout dans le monde.

Cette capacité d’adaptation est singulièrement ce qui manque le plus à l’élite française, obsédée par ses petits calculs à court terme, et effrayée à l’idée de perdre ses privilèges dans un monde qui change.

Plus que jamais, pourtant, il nous faut des décideurs capables de réinventer une politique africaine gagnante-gagnante, capable d’analyser la montée de l’Islam comme un défi politique qui appelle une réponse politique et stratégique, capable d’exercer une véritable influence dans les couloirs où fonctionnent les organisations internationales, et pas seulement dans les grandes conférences où s’enchaînent les postures de communication.

Le rayonnement français est encore possible

Sur le fond, la France a besoin de changer ses paradigmes. Elle dispose d’un vivier capable de porter ce changement, mais la politisation excessive de la fonction publique conduit à préférer, aux postes de décision, des personnalités sans relief et soumises à des élus médiocres.

Cet état de fait n’est pas le produit du destin. Il résulte de la dégénérescence des institutions qui ont besoin d’un big bang pour permettre le sursaut français.

 

 

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Erdogan

Erdogan: le tsunami ottoman se prépare

Erdogan met en oeuvre, avec détermination, son grand projet de domination islamiste sur la Turquie, qui fera de lui le premier sultan ottoman du XXIè siècle. Coincée par la menace des migrants, l’Europe marche sur des oeufs et cherche une riposte dans le silence complet d’une France abandonnique.

Les coups d’Erdogan que les Français connaissent…

Les Français qui s’intéressent un peu à l’actualité du Proche-Orient sont forcément au courant d’un certain nombre de « coups » d’Erdogan dont les sports favoris sont bien connus. L’un d’eux consiste à faire arrêter les journalistes qui lui déplaisent, et à grogner comme un hippopotame prêt à charger lorsque la Cour Constitutionnelle turque ose encore s’y opposer:

Dans cet ordre d’idées, on citera aussi l’expropriation du journal d’opposition Zaman, et quelques assassinats non élucidés de journalistes gênants

Un autre sport pratiqué par Erdogan s’appelle le pilonnage institutionnel. Il consiste à prétendre que la Turquie est un Etat de droit, mais à changer le droit pour le rendre plus malléable. Pendant qu’Erdogan mettait en vacances son Premier Ministre coupable d’avoir été trop gentil avec les Européens, il préparait une autre mesure tout aussi délicieuse: l’abrogation de la loi sur l’immunité parlementaire, qui lui permettra d’emprisonner les députés nationalistes kurdes…

Mais, tout cela, les Français le savent…

Les coups d’Erdogan que les Français ignorent

À côté de ces plaisirs bien connus, Erdogan s’en accordent d’autres dont la presse française ne parlent pas, mais qui valent pourtant leur pesant de cacahouètes.

Par exemple, Erdogan a interdit l’opposition… dans un parti d’opposition! Le leader du troisième parti turc, le Parti de l’Action Nationaliste, était menacé d’être renversé par sa base, qui avait convoqué un congrès à cet effet. Lorsque les militants sont arrivés sur le lieu de rendez-vous, la police bloquait les lieux et le congrès n’a pas pu se tenir. En contrepartie, le leader du parti, Devlet Bahceli, est devenu un allié très disponible pour Erdogan.

Parallèlement, Zeid Ra’ad Al Hussein, le Haut-Commissaire des Nations-Unies aux Droits de l’Homme, préconise l’envoi d’observateurs indépendants en Turquie pour clarifier les atteintes dont Erdogan est accusé.

Ces accusations portent essentiellement sur la zone kurde de Turquie:

A U.N. statement said Zeid had received reports of unarmed civilians — including women and children — « being deliberately shot by snipers, or by gunfire from tanks and other military vehicles. »

Zeid also cites the « massive, and seemingly highly disproportionate, destruction of property » in the Turkish southeast — the entry point for several million Syrian migrants fleeing war, and a region where Turkish troops are battling a decades-long Kurdish insurgency.

(Un communiqué de l’ONU affirme que Zeid a reçu des rapports sur des civils sans armes – femmes et enfants compris – « délibérément tués par des tireurs d’élite, ou mitraillés par des chars et d’autres véhicules militaires ».

Zeid cite aussi les « les destructions de bien massives, et totalement disproportionnées » dans le sud-est de la Turquie – le point d’entrée pour plusieurs millions de réfugiés syriens fuyant la guerre, et une région où les troupes turques combattent l’insurrection kurde depuis des décennies).

Un rapport de l’organisation Human Rights Watch cite également des cas de violence vis-à-vis des réfugiés syriens.

L’Europe comme la poule qui trouve un couteau

Face à autant de provocations au moment où Erdogan exige une suppression des visas pour les ressortissants turcs, la ficelle est grosse, mais l’Europe est prise au piège.

D’un côté, la menace brandie par Erdogan de remettre sur les routes des centaines de milliers de « réfugiés », dont beaucoup sont des migrants économiques, est terriblement efficace. Elle est extrêmement dissuasive pour une Europe où les lignes intérieures bougent sous le choc démographique (les élections en Autriche le montreront demain).

D’un autre côté, la perspective de supprimer les visas pour les citoyens turcs est un vrai pousse-au-crime: elle permettra à la Turquie de remplacer les « réfugiés » par ses propres nationaux trop heureux de pouvoir s’installer en Europe. Erdogan a par ailleurs montré sa capacité à mobiliser sa diaspora pour relayer les thèmes de son gouvernement.

Face au dilemme, le Conseil de vendredi a rétropédalé sur la question des visas en annonçant la mise en place d’un mécanisme facilité de suspension des suppressions de visas en cas de problème. Reste qu’Erdogan refuse de modifier sa loi sur le terrorisme, et refuse tout autant de se conformer aux 72 critères fixés par l’Union pour permettre la suppression de ces visas.

L’Allemagne seule aux commandes sur le sujet

Une fois de plus, la France s’occupe de milliers de problèmes de politique intérieure, ou alors du conflit palestinien, mais reste absente du dossier turc, sur lequel elle abandonne à l’Allemagne la conduite des opérations. C’est donc Angela Merkel qui va se farcir un petit séjour à Istanbul où elle rencontrera la « société civile turque » avant de voir Erdogan.

Tout laisse à penser que les dix-huit prochains mois vont être chaotiques en Europe. Erdogan semble plus que jamais déterminé à changer la donne sur le continent en opérant le grand retour de la Turquie sur la scène régionale. La crise des réfugiés telle que nous l’avons connue l’an dernier en est le signe. Interprétée comme un problème humanitaire par les bisounours européens, elle ne fut rien moins qu’un symptôme de l’affirmation géopolitique turque.

Erdogan a un projet pour nous: celui d’une domination musulmane progressive sur un continent épuisé par ses querelles internes, affaibli par son excès de confort et de certitudes, étouffé par un vieillissement doré. L’AKP verrait bien une prise de contrôle de l’Union par l’Islam turc, façon empire ottoman naissant.

Le continent européen a-t-il encore une lucidité suffisante pour défendre ses droits, sa tradition et ses libertés face à ce projet? Nous entrons dans la phase critique où nous le saurons.

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Molenbeek

Molenbeek-sur-Seine et l’hilarant Patrick Cohen

Cette semaine, le Figaro Magazine titre sur Molenbeek-sur-Seine, ou la montée de la radicalisation islamiste aux portes de Paris. L’impayable chien de garde de la bien-pensance officielle, Patrick Cohen, présentateur de France Inter et exorciste breveté de toutes les formes de dissidence, recevait ce matin Didier Daeninckx, l’écrivain de gauche qui vit à Saint-Denis…

Patrick Cohen découvre nos Molenbeek

En substance, Patrick Cohen demande à son invité (qui dénonce pourtant le fascisme à tour de bras et de livres) s’il confirme qu’à Saint-Denis, il y a bien une montée du radicalisme musulman. Pas de chance, ni une ni deux, Daeninckx confirme avec force détails. Par exemple, les groupes de jeunes qui, subrepticement, empêchent les femmes non voilées de passer devant eux en leur faisant un discret mais efficace barrage sur le trottoir. Eh oui, Monsieur Cohen! À quelques enjambées de la basilique où nos rois sont inhumés, dans ce poumon français qu’est Saint-Denis, l’espace public est livré, est coupablement abandonné à une escouade de petits nazis en djellabahs.

Et soudain, les journalistes du service public, qui adorent nous dire comment il faut penser, ce qu’il faut penser, quand le penser et où le penser, découvrent ce qu’est notre monde – celui qu’ils ne fréquentent jamais. Et soudain, l’objet poétique, romantique qu’ils se figurent et qu’ils racontent dans leurs émissions, cet étrange objet qu’est la communauté des hommes ne vivant pas dans le triangle d’ivoire inscrit entre les trois points géographiques cardinaux de la bourgeoisie parisienne: la maison de la Radio, la Grande Epicerie du Bon marché et le marché de la rue Mouffetard où l’on croise tant de « libéraux » en loden mélangés aux bobos en dockers, soudain, ce qu’on appelle vulgairement la société française, se fissure et se brise en mille morceaux, et prend un tout autre visage.

Patrick Cohen fait partie de ceux, insupportables, qui glosent sur les « quartiers » en imaginant qu’il s’y livre quotidiennement une lutte des classes où de gentils prolétaires musulmans sont chaque jour fouettés par de méchants blancs chrétiens âgés de plus de 50 ans et patrons exploiteurs. Si, une seule fois même pas par semaine, mais par mois, il se donnait la peine de pratiquer une excursion ethnographique dans la France dont il parle avec tant d’aplomb et d’intolérance, il s’apercevrait vite que la réalité du pays n’a rien de commun avec les platitudes hors sol qu’il enfile à son sujet.

Il verrait ces prolétaires épuisés par des bandes de racailles qui occupent les halls d’immeuble nuit et jour pour y faire régner une espèce de surveillance politico-religieuse quotidienne. Il entendrait ces petits espions d’Allah lui affirmer que nous sommes contrôlés par des Juifs, que les Français sont des pédophiles incapables, et que la France a été construite par les musulmans. Il sentirait le regard de ces petits voyous scanner son sac de provision pour deviner s’il a acheté ou non de l’alcool. Pour peu qu’il porte un appareil photo autour du cou, il serait montré du doigt par des hommes en djellabahs lui interdisant de photographier les rues ou les paysages. Il entendrait les conversations où des gamins de dix-huit ans n’ont aucune peine à dire: le droit de vote ne sert à rien, Allah doit décider de tout. Et de mois en mois il verrait les foulards en tous genres fleurir et proliférer comme si l’avenir de la femme passait par l’abandon de ses droits.

Et si Patrick Cohen invitait des élus communautaristes?

Fort de ce petit voyage dans la vraie France où le Grand Remplacement n’est pas une spéculation théorique mais une intuition corroborée par la simple expérience, Patrick Cohen pourrait utilement inviter à son antenne les députés de chacune des circonscriptions concernées pour les interroger sur leur réaction vis-à-vis de cette grande mutation. Il pourrait par exemple interroger Jean-Christophe Cambadélis, premier socialiste français et député immuable d’une circonscription où ce basculement religieux a libre cours.

Patrick Cohen ferait oeuvre de service public en posant des questions simples à son invité: lui qui est l’élu des Buttes-Chaumont, quartier où les frères Kouachi se sont radicalisés il y a dix ans, qu’a-t-il fait en dix-huit mois pour rétablir la laïcité? quelle est son action concrète pour redonner la rue aux profanes et la soustraire à l’influence des Frères Musulmans qui l’occupe aujourd’hui, en lieu et place de la police? comment réagit-il lorsqu’il apprend que des dossiers de logements sociaux dans sa circonscription pour des familles radicalisées sont adressés aux bailleurs sociaux en dehors des « commissions d’attribution » prétendument transparentes? Pourquoi le porc n’est-il plus spontanément servi dans les cantines de sa circonscription? Pourquoi refuse-t-il de condamner les colloques indigénistes où les Blancs sont interdits?

Au lieu d’inviter en permanence sa bande de copains qui nous serinent à longueur de journées les mêmes salades resucées, Patrick Cohen servirait l’intérêt général en dévoilant aux Français le fossé colossal et coupable que ces élus ont creusé entre la posture relativiste qui leur sert de discours électoral et la réalité communautariste qui leur garantit leur réélection. Car c’est bien de cela qu’il s’agit: Cambadélis est une sorte de figure symbolique – celle du pacte avec le diable islamiste, noué par élus républicains sur le dos de la République.

Il est encore temps d’agir contre les Molenbeek français

Patrick Cohen en viendrait assez logiquement à se poser la question telle qu’elle se pose dans les quartiers: que faire? Et comme nous, il conclurait à trois réponses cumulatives.

Première réponse: le législateur doit faire son oeuvre et prendre des positions claires. La laïcité, c’est interdire le voile et les djellabahs dans nos rues, sauf les jours consacrés. Interdire le voile comme la kippah. Interdire tous les signes religieux ostentatoires lorsqu’ils sont portés par des profanes.

Deuxième réponse: ne pas mollir dans l’effort et sanctionner sans états d’âme toutes et tous les contrevenants. Au lieu de consommer de colossales forces de police dans des événements sportifs débiles, il faut réallouer celles-ci aux quartiers sensibles et y imposer effectivement le respect des règles laïques.

Troisième réponse: chaque Français, chaque citoyen républicain doit devenir un missionnaire local de la parole républicaine en refusant, dans chaque cage d’escalier, dans chaque entrée d’immeuble, à chaque terrasse de café, toutes les déviances, même les plus infimes, que les islamistes tentent de nous imposer. Et le gouvernement de la République doit les aider à gagner cette bataille quotidienne.

C’est à ce prix, qui ne suppose pas de moyens nouveaux, mais simplement une détermination de tous les instants, que la République française restera laïque.

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Paris

Paris est devenue une ville petite-bourgeoise

Paris n’est plus une ville-lumière. Petit à petit, elle s’éteint dans la langueur petite-bourgeoise dont beaucoup de villes de province ne voudraient plus.

De la rareté des restaurants ouverts dans la nuit

Certains signes ne trompent pas. Ce soir, je voulais dîner sur le coup de 22h30. Il y a vingt ans, n’importe quel quartier même moyennement branché permettait ce genre de folie. En me rendant sur les bords du canal de l’Ourcq, à proximité de la Rotonde, je me disais naïvement que je trouverais sans problème de quoi me restaurer. Le quartier est bobo, se veut branché et dynamique.

J’arrive au Camarade Boris à 22h29 pétantes. Les serveurs me regardent d’un air ennuyé, font mine de se renseigner, reviennent de cuisine en m’indiquant que le chef vient juste de fermer et que je ne serai pas servi. Il me conseille d’aller au Mezig, toujours sur le quai, à une centaine de mètres de là. J’y arrive à 22h36, même mésaventure: la serveuse m’indique que la cuisine est fermée et que je pourrai au mieux manger les desserts.

Voilà qui en dit long sur l’ennui qui rôde à Paris. Dans les quartiers « branchés », les 35 heures ont achevé le travail entamé par l’arrivée au pouvoir municipal des « minorités ».

Tyrannie des minorités, tyrannie de la petite bourgeoisie

Nous avions pensé, avec l’arrivée de Bertrand Delanoé au pouvoir en 2001, qu’un maire homosexuel donnerait une dynamique festive à la Ville. Quinze ans plus tard, un terrible constat peut être dressé: les minorités qui se prétendent si « marginales » et originales, si peu conventionnelles, ont, sans le dire, imposé un mode de vie extrêmement strict et ennuyeux. À l’usage, on s’aperçoit qu’il n’y a pas plus petit bourgeois que ceux qui détestent la petite bourgeoisie, et il n’y a pas plus sage que ceux qui professent la fête.

On en dressera l’accablant tableau dans tous les lieux qui foisonnaient de vie lorsque l’horrible droite bourgeoise tenait la municipalité. J’en garde un souvenir encore tout étonné sur la place Igor Stravinsky, à côté de Beaubourg. Il y a trente ans, c’était un lieu de vie, avec ses concerts, ses spectacles de rue foisonnants, et ses débats improvisés mode « Nuit Debout » qui duraient jusqu’à deux heures du matin.

Il y a quelques semaines, j’ai assisté, ahuri, à une intervention de la police qui interdisait à des musiciens d’y jouer un samedi après-midi. Manifestement, l’un des restaurateurs de la place avait obtenu l’interdiction du spectacle sous prétexte qu’il gênait les consommateurs attablés à sa terrasse.

Comment l’un des coeurs de la Ville a-t-il pu se transformer en espace aussi policé et silencieux?

Le Marais, haut lieu du silence petit bourgeois

L’un des lieux les plus emblématiques de ce déclin parisien et de son esprit festif n’est autre que le ghetto homosexuel, le Marais. Il suffit de se promener autour du musée Picasso ou du Carreau du Temple pour lire les banderoles rédigées par les habitants, protestant contre toute source de bruit. On veut habiter le centre de Paris, on veut habiter un quartier historique, mais on y veut le calme d’une ville de province.

Mais enfin, personne ne vous a dit, chers amis, que l’hyper-centre de Paris est un lieu de vie très animée où la nuit est aussi agitée que le jour? Manifestement non! cet espace urbain qui concentre des minorités dont la posture favorite est celle d’une victimisation à l’égard d’un ordre majoritaire paraît-il strict et convenu, a imposé une redoutable normalisation à la Ville dont on aimait tant le fourmillement: pour assurer le calme, il ne faut plus un bruit dans les communs.

En dehors de quelques bars qu’on a connus plus actifs d’ailleurs, et en dehors de la rue des Rosiers qui préserve une sorte de vivacité encore un peu méditerranéenne, il ne se passe plus grand chose dans les rues du Marais, le soir.

Pour une ville 24/24

Le bourgeois rangé et conformiste que je suis regrette le bon temps où Paris vivait au rythme de la folie improvisée et de l’insouciance bourgeoise de droite, monstrueuse, plate, convenue. Tous ces gens qui se prétendent originaux, qui s’exonèrent à bon compte d’un ordre prétendument majoritaire dont ils sont pourtant les pires intégristes, m’ennuient.

Il existe un pari à relever dans la capitale: celui de lui redonner vie et de lui redonner du souffle. De grâce, arrêtez de transformer cette ville en musée à touristes où il ne se passe plus rien, où tout y est attendu et stéréotypé.

Rendez-nous le grain d’inconscience qui nous rendait heureux.

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SNCF

Les cheminots CGT, ou la rente syndicale en action

Article écrit pour le Figaro.

Sans que personne ne le voie clairement, les cheminots sont à la source d’un désordre français majeur, qui déstabilise l’ensemble du champ social. La préparation du rail européen passe en effet par la conclusion d’une sorte de convention collective à l’échelle de l’Union, beaucoup moins favorable que le statut accordé aux salariés de la SNCF. Bloqués pendant des années par un syndicalisme que Guillaume Pépy a protégé, les cheminots français découvrent peu à peu qu’ils ne seront plus seuls à utiliser les rails financés par le contribuable. Ce réveil salutaire mais douloureux perturbe en profondeur le paysage social français.

Le risque d’un statut européen

On ne le dit pas assez, mais les innombrables grèves qui se succèdent à la SNCF, en ordre dispersé, protestent toutes contre la négociation d’une convention collective nationale du rail qui remettra en cause le statut des salariés de la SNCF. Ceux-ci vivent en vase clos, depuis 1936, à l’abri de leurs petites combinazioni syndicales et font, depuis des années, l’autruche face à l’imminente ouverture du rail à la concurrence. L’ouverture du transport ferroviaire de voyageurs à la concurrence arrive. Cette salutaire introduction permettra de secouer le cocotier des rigidités de la Vieille Dame nationale.

Elle ne va évidemment pas sans susciter un puissant tir de barrage. Pourtant, le mouvement paraît inéluctable: il est désormais incontournable que la branche du rail existe et dispose d’une convention collective moins contraignante que le statut de la SNCF. Les syndicats français l’ont bien compris: les avantages que la « bête SNCF » leur donne depuis des années touchent à leur fin. Les entreprises ferroviaires qui pourront assurer du transport de voyageurs dans quelques années en France pourront recruter sous des conditions moins favorables que la SNCF.

La seconde mort de la Libération

Historiquement, les syndicats ont pu justifier les avantages extravagants (dont la retraite à 50 ans) qu’ils pouvaient revendiquer au nom de la Libération et des prix qu’on lui prêtait. Personne n’a en vérité jamais vérifié attentivement si la légende forgée au sortir de la guerre sur l’engagement patriotique des cheminots se justifiait. Mais la conviction intime régnait: sans eux, la France n’aurait été ni vainqueur ni libre en 1945.

Ce légendaire héroïsme des cheminots a justifié bien des compromis. Tout le monde a fermé les yeux sur la participation de la SNCF aux déportations raciales, et l’histoire n’a retenu que les sabotages postérieurs à la rupture du pacte germano-soviétique. En 1945, les cheminots ont refusé de rejoindre le régime général de la sécurité sociale et ont préféré garder leurs avantages et leurs règles spécifiques, bien plus favorables.

Il a fallu attendre près de soixante-dix ans pour que ces privilèges soient remis sur la table et révisés. Seule l’Europe aura permis d’aborder sans pollution historique ni légendaire la vérité des faits. Enfin, on peut discuter de ce que doit être la condition de travail d’un conducteur de TGV, sans évoquer la sabotage des lignes menant en Normandie en 1944.

Privatisons le rail, enfin!

Reste à aller jusqu’au bout. Les grèves auxquelles nous assistons sont les derniers témoignages des prises d’otage du service public par les toxiques CGT Cheminots et autres coordinations pseudo-ouvrières. Ceux-là adorent parler comme s’ils incarnaient le prolétariat, alors qu’ils en sont juste les rentiers ordinaires. Personne ne dira jamais la souffrance des vrais prolétaires, usagers du rail, qui furent pris, pendant des années, en otage des revendications incertaines lancées par des syndicats très protégés par le toxique Guillaume Pepy. Tous ces lève-tôt ont dû composer avec les irrégularités capricieuses du syndicalisme ferroviaire et arriver au boulot quand ils le pouvaient.

Une étape doit encore être franchie: la refonte de la gouvernance de la SNCF. Le socialiste Guillaume Pepy, à force de manoeuvres et d’entregents, a beaucoup profité du système pour un bilan social et économique cataclysmique. Il est temps que la France de la rente et du fromage dont il constitue une incarnation laisse la place à la France de la compétition et de la réussite. Mais il faudra probablement attendre le prochain quinquennat pour y arriver, tant le réseau Pépy se confond avec le réseau Voltaire du président de la République.

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Rémunération des patrons: le dilemme…

Faut-il limiter la rémunération des patrons à 100 SMIC comme le propose l’Appel des 40? On mettra ici à part l’agaçante consanguinité et non-exemplarité des signataires de ce texte mobilisés par Libération (dans une sorte de vivier ou de réserve où ce sont toujours les mêmes qui se retrouvent à agiter les mêmes idées présentées comme nouvelles, inattendues… à peu près aussi inattendues que la moyenne des articles fournis par ce quotidien dont la foi en l’ouverture d’esprit gagnerait à être, de temps en temps, suivie de quelques actes), et on en viendra directement au fait.

Arrogance ou bêtise des patrons?

La question de la rémunération des patrons illustre quand même un étonnant paradoxe.

D’un côté, la presse française est pratiquement tout entière tombée entre les mains du grand Capital, comme disait le vieux Marx. Ceux qui sont visés par l’appel se sont donnés les moyens de mener une lutte idéologique destinée à préserver leurs intérêts. Les lecteurs de ce blog savent que je ne manque jamais de souligner que cette lutte est menée avec la complicité de l’Etat. Les subventions du ministère de la Culture aux danseuses des très riches sont extravagantes: plus de 15 millions d’euros pour le Monde ou pour le Figaro, par exemple.

L’appel des 40 fait vivre l’illusion que le meilleur rempart contre la boulimie des grands patrons s’appelle l’Etat. C’est évidemment une fiction, puisque l’Etat est un instrument entre les mains de ces grands capitalistes pour défendre une stratégie bien pensée: l’Etat finance la « solidarité » qui permet d’acheter l’ordre social en pompant les classes moyennes, mais en exonérant assez largement les plus riches.

Pour que la presse finisse par en appeler à une loi qui changerait la donne et qui plafonnerait les rémunérations des patrons, il faut vraiment que les abus soient grands ou alors la maîtrise de l’information très faible. Ou les deux. Dans tous les cas, on peut penser que les bénéficiaires de ces rémunérations extravagantes sont suffisamment grands pour défendre leur bout de gras tout seuls, et qu’ils n’ont pas besoin de nous pour leur faire l’article.

Que peut-on s’acheter avec 150.000 euros par mois?

Au demeurant, sur le simple plan de l’hygiène de vie, il faut quand même un jour entrer dans les « coulisses » de la richesse et mesurer ce que signifie percevoir une rémunération équivalente à 100 SMIC.

Premier point: l’honnêteté oblige à préciser que 150.000 euros bruts valent environ 120.000 euros nets, soit un disponible mensuel réel d’environ 50.000 ou 60.000 euros, une fois que les impôts sont passés par là. La bonne question est de savoir quel mode de vie on peut avoir lorsque l’on dispose d’une cagnotte nette de 50.000 euros chaque mois…

Pour ce prix, on peut disposer d’un appartement de 400m2, loué 10.000 euros par mois, à Neuilly, sur l’ile de la Jatte. Il reste donc 40.000 euros à dépenser. Comme nul ne sait de quoi demain peut être fait, rien n’empêche de faire un peu d’épargne. Disons qu’une somme de 10.000 euros par mois mise de côté permet de se constituer une petite cagnotte de précaution.

Restent encore 30.000 euros à dépenser. Comme il faut penser à un petit budget vacances, on ajoute 5.000 euros chaque mois dans la tire-lire petit cochon au-dessus de la cheminée pour se payer un peu de bon temps. Un budget annuel de 60.000 euros pour les vacances doit permettre de pourvoir à trois semaines en août et quinze jours en décembre.

Ne restent plus que 25.000 euros à dépenser. On part ici du principe que l’entreprise qu’on dirige pourvoit à la voiture, au chauffeur, au jet privé et autres faux frais. On décide donc, pour vider le portefeuille, d’aller au restaurant deux fois par jour avec sa femme et ses deux enfants. Soit environ 240 repas mensuels à 100 euros par personne. Ah! on atteint maintenant 24.000 euros de dépenses.

Zut! il ne reste plus que 1.000 euros pour les faux frais…

Finalement, c’est quand même un peu juste. Va falloir taper dans les économies pour tenir!

Le patronat peut-il se passer de l’Etat?

Blague mise à part, tout le sujet du grand patronat français tient évidemment à sa capacité à prendre conscience du rôle qui lui incombe dans la société. Nous connaissons tous la litanie sur la rémunération du risque et des responsabilités. Quelle que soit, aux yeux des bénéficiaires de ces rémunérations, la justification de ces choix, aucun patron ne peut prétendre qu’il est à la hauteur de sa mission s’il ne tient pas compte des ressentis de son environnement, et spécialement des ressentis de la société dans laquelle il s’inscrit.

Les grands patrons français ne peuvent donc légitimement ignorer qu’ils sont au pied du mur. Soient ils se décident à respecter de bonne foi le code AFEP-MEDEF qui encadre la pratique des rémunérations, et ils seront globalement à l’abri des intrusions du législateur. Soient ils rééditent les exploits de Carlos Ghosn, qui a fait donner son conseil d’administration contre son assemblée générale d’actionnaires en s’asseyant allègrement sur les prescriptions du code, et le pire est à craindre.

Dans la pratique, les grands patrons donnent le sentiment de ne pouvoir dominer leur cupidité et leurs appétits de pouvoir. Tout en eux appelle à la transgression des règles jusqu’à ce que l’Etat intervienne, sous la pression d’une opinion publique plus ou moins chauffée à blanc par des opportunistes aux visées électorales. C’est regrettable ou non, mais c’est ainsi, et le sens des responsabilités suppose de l’intégrer dans ses anticipations.

Le dilemme des entrepreneurs français

Pour beaucoup d’entrepreneurs français, cette affaire est ennuyeuse parce qu’elle constitue une sorte de douloureuse épine dans le pied. L’immense majorité des patrons français se verse une rémunération bien plus raisonnable, et souvent inférieure à la réalité de la valeur créée par l’entrepreneur lui-même. Le phénomène des rémunérations extravagantes concerne d’ailleurs beaucoup plus des managers, comme Carlos Ghosn, que des créateurs d’entreprise.

Quel camp choisir dans ces injonctions complexes?

Le drame absolu consisterait sans doute à accepter le précédent fâcheux d’une loi fixant la politique de rémunération des entreprises. Chacun sait quand commencent les précédents et nul ne sait où ils se terminent. Statistiquement, il est en tout cas démontré qu’ils se terminent généralement mal pour les petits patrons.

En revanche, tout patron responsable sait qu’il ne sera pas indéfiniment possible de demander des réformes de structure rigoureuses et difficiles sans que les patrons ne fassent la police dans leur rang, et ne s’engagent à respecter les règles qu’ils se sont eux-mêmes fixées. A commencer par la règle première du capitalisme: celle du pouvoir des actionnaires, qui a été bafouée chez Renault.

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Egyptair

Un avion d’Egyptair détourné il y a un mois

La disparition de l’avion d’Egyptair au départ de Paris soulève évidemment beaucoup de questions, et le monde entier retient son souffle pour qu’il ne s’agisse pas d’un nouvel attentat. Dans ce cas de figure, les circonstances de son organisation poseront forcément question. Le gouvernement français a, au passage, annoncé que trois officiers de police étaient à bord de l’avion…

Pour Egyptair, en tout cas, le dommage est sérieux. La compagnie sortait à peine d’une grève des pilotes, qui réclamaient une augmentation de salaires. Surtout, le 29 mars, la compagnie avait défrayé la chronique, puisque l’un de ses avions avait été détourné sur Chypre par un passager muni d’une fausse ceinture d’explosifs.

Les autorités de Chypre et d’Egypte s’étaient alors entendues pour soutenir que le passager était un déséquilibré qui avait commis son acte dans un moment de désespoir amoureux. Bien sûr, bien sûr. C’est bien connu, quand on a un chagrin d’amour, on se fabrique une fausse ceinture d’explosifs et on détourne un avion pour crier sa douleur, en se faisant passer pour un kamikaze.

L’affaire a paru tellement grotesque aux autorités chypriotes que le pirate est toujours en détention, et toujours interrogé par la police. La période n’est décidément pas faste pour l’Egypte, qui peine à tourner la page de son Printemps Arabe, et apparaît une fois de plus comme infectée de terroristes salafistes.

On se rappellera également que le 31 octobre 2015, un Airbus d’une compagnie russe avait explosé peu après son décollage de Charm-El-Cheikh… Une bombe avait été placée à bord durant l’escale à l’aéroport.

 

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