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Auteur : Éric Verhaeghe

Fondateur de Parménide et de Tripalio. Esprit libre. Né en 1968 à Liège. Auteur.

shadow banking

La BCE craint le retour du shadow banking

Le shadow banking est de retour et la banque centrale européenne n’aime pas ça. Un rapport vient d’être publié sur le sujet et ne loupe aucun des thèmes qui ont fait la grandeur de la crise en 2008.

Le shadow banking est de retour

Contrairement à ce qu’on a pu croire, le shadow banking n’est pas du tout en perte de vitesse depuis 2008, année où il mit le monde au bord du gouffre, mais en expansion constante. Ce petit tableau le montre:

shadow banking

Pour bien comprendre ce schéma, précisons que le FSB n’est autre que le Financial Stability Board, qui évalue ici les actifs détenus par les OFI, les « autres intermédiaires financiers ». Comme le souligne le tableau, ces actifs valaient 67.000 milliards de $ en 2007. Ce chiffre est passé à 80.000 milliards de $ en 2014. Dans cette masse, la part relative des Etats-Unis et de la zone euro a globalement diminué de 7 points, au bénéfice notamment de la Grande-Bretagne et de la Chine.

En l’espace de 7 ans, le volume global des actifs détenus par le shadow banking a donc augmenté de 20%.

40% des actifs de la zone euro détenus par le shadow banking

Au sein de la zone euro, il est intéressant de suivre l’évolution du volume des actifs depuis une vingtaine d’années. Le graphique ci-dessous en rend efficacement compte:

shadow banking

En 1999, les actifs de la zone euro n’atteignaient pas les 30.000 milliards €. En 2016, ces actifs flirtent avec les 70.000 milliards, soit plus qu’un doublement en moins de 20 ans. Sur ce volume global, le shadow banking représente 39%, soit un peu de moins de 30.000 milliards € aujourd’hui. Pour mémoire, le PIB français représente 2.000 milliards €, et le PIB de la zone euro représente moins de 11.000 milliards €. Autrement dit, le shadow banking de la zone euro représente aujourd’hui trois fois la richesse annuelle qui y est produite.

Les risques du shadow banking

Comme le souligne la BCE, cette situation constitue une prise de risque.

Among the main vulnerabilities within the sector, the growing liquidity mismatch within the investment fund sector is a key concern. Open-end funds add to the illusion of stable liquidity conditions by promising daily callable claims to purchase assets which may not be very liquid in a period of market repricing. While most euro area funds offer daily redemption to investors, their cash buffers and shares of liquid and short-term assets have been falling. This increases the sector’s vulnerability to large-scale redemptions and raises the risk of an adverse liquidity spiral.

<Parmi les principales expositions du secteur au risque, le déséquilibre grandissant des liquidités dans le secteur des fonds d’investissement est un problème-clé. Les fonds à capital variable ajoutent à l’illusion d’une situation stable des liquidités par des créances remboursables quotidiennement qui servent à acheter des actifs potentiellement non liquides en phase d’ajustement des prix. Alors que beaucoup de fonds de la zone euro offrent des possibilités quotidiennes de rachat aux investisseurs, leur trésorerie au comptant et en rachat d’actions en liquide ou en actifs de court terme sont en chute libre. Ceci accroît la vulnérabilité du secteur aux rachats de portefeuilles en masse et augmente le risque d’une spirale négative de liquidité.>

Traduction: en cas de remontée des taux, les épargnants voudront vendre leurs actifs en masse pour les placer en liquidités mieux rémunérées. Ce retournement du marché sera catastrophique, parce que les fonds d’investissement ne disposent pas de la liquidité nécessaire pour rembourser les investisseurs.

À bon entendeur, salut!

déclaration commune

La déclaration commune Merkel-Hollande-Renzi

Je publie ici la déclaration commune de ce soir sur l’avenir de l’Europe, par Angela Merkel, Matteo Renzi et François Hollande.
BERLIN, 27 juin (Reuters) - La France, l'Allemagne et 
l'Italie estiment qu'il "n'y a pas de temps à perdre" pour 
répondre à la décision du Royaume-Uni de quitter l'Union 
européenne, dans une déclaration commune diffusé à l'issue d'un 
sommet à trois à Berlin.  
    Voici ce texte : 
    "Le 23 juin 2016, la majorité du peuple britannique a 
exprimé le souhait de quitter l'Union européenne. La France, 
l'Allemagne et l'Italie respectent cette décision. Nous 
regrettons que le Royaume-Uni ne sera plus notre partenaire au 
sein de l'Union européenne. 
    "Nous avons pleinement confiance dans le fait que l'Union 
européenne est assez forte pour apporter aujourd'hui les bonnes 
réponses. Il n'y a pas de temps à perdre. 
    "Aujourd'hui, nous exprimons notre ferme engagement pour 
l'unité de l'Europe. Nous sommes fermement convaincus que 
l'Union européenne est essentielle pour rendre nos pays plus 
forts en agissant ensemble, avec nos institutions communes, afin 
de garantir le progrès économique et social de nos peuples et 
d'affirmer le rôle de l'Europe dans le monde. 
    "Depuis près de soixante ans, l'Union européenne constitue 
une communauté unique de droits, de libertés et de valeurs 
communes. Elle nous permet de sauvegarder notre modèle social 
européen, qui associe à la réussite économique et la protection 
sociale. Elle nous permet de préserver la diversité culturelle. 
    "Le marché unique, nos politiques communes et l'euro n'ont 
pas d'équivalent dans le monde. Ces réalisations sont le 
fondement de notre prospérité.  
    "Ensemble nous défendons nos intérêts et des échanges libres 
et équitables dans le monde. Ensemble nous progressons dans 
notre politique énergétique et ensemble nous contribuons à la 
protection du climat au niveau mondial. Ensemble nous 
contribuons à la stabilité et au développement dans le monde et 
nous promouvons la liberté. 
    "Nous sommes tout aussi fermement convaincus que l'Union 
européenne ne peut à nouveau aller de l'avant que si elle 
continue à s'appuyer sur le soutien de ses citoyens. 
    "Pour cela, l'Union européenne doit répondre aux 
préoccupations exprimées par les peuples en clarifiant ses 
objectifs et son fonctionnement.  
    "Elle devrait être plus forte sur les priorités 
essentielles, là où les Européens doivent unir leurs forces, et 
moins présente là où les États membres sont mieux placés pour 
agir. Elle doit rester placée sous le contrôle démocratique de 
ses citoyens et doit être plus intelligible. Elle doit agir plus 
rapidement, en particulier pour mettre en œuvre des programmes 
et des projets qui apportent des bénéfices directs aux citoyens. 
    "Dans un monde qui change, l'Union européenne devrait 
préserver ses acquis essentiels et se concentrer sur les défis 
auxquels les Européens sont aujourd'hui confrontés, comme les 
migrations à l'échelle mondiale et les nouvelles menaces, en 
particulier le terrorisme international, qu'aucun État membre ne 
peut faire face efficacement seul.  
    "Elle doit également renforcer la capacité des Européens à 
répondre à une concurrence internationale qui s'accroit tout en 
renforçant l'économie sociale de marché européenne. 
    "En conséquence, nous proposons trois priorités essentielles 
pour une action renforcée et approfondie fondée sur des 
objectifs concrets : 
     
    "* La sécurité intérieure et extérieure : l'Europe est 
confrontée à des défis immenses ; ils  requièrent un 
renforcement de ses moyens communs afin de protéger ses 
frontières extérieures et de contribuer à la paix et à la 
stabilité dans son voisinage, en particulier en Méditerranée, en 
Afrique et au Moyen-Orient.  
    "Nous ne gagnerons la lutte contre le terrorisme en Europe 
que si nous agissons en étant unis. Le terrorisme ne sera vaincu 
que si nous montrons que nous sommes capables de reconstruire un 
esprit de communauté ; d'investir dans nos villes, contre la 
marginalisation sociale. 
    "Nous nous montrerons à la hauteur de nos responsabilités si 
nous développons notre défense européenne et prenons les 
engagements nécessaires pour nos opérations conjointes, ainsi 
que pour nos capacités et notre industrie militaires. Le 
potentiel d'une véritable politique étrangère, de sécurité et de 
défense commune n'a pas encore été pleinement exploité. 
     
    "* Une économie forte et une cohésion sociale forte : 
l'Europe doit tenir sa promesse de prospérité pour ses citoyens 
; il nous faut davantage de croissance pour lutter contre le 
chômage et créer des emplois, en particulier pour les jeunes, et 
davantage d'investissements pour assurer la force de nos 
économies dans la concurrence mondiale. 
    "Le succès du modèle économique et social européen, qui 
combine force économique et protection sociale, nécessite de 
définir le cadre de régulation approprié ; de meilleures 
politiques pour l'entrepreneuriat et la participation de tous à 
la vie active ; de renforcer la recherche, l'innovation et la 
formation, qui jouent un rôle clef car la richesse de l'Europe 
repose en premier lieu sur les connaissances et les capacités de 
ses citoyens ; de développer l'économie numérique en Europe pour 
de meilleurs services, une industrie modernisée et des emplois ; 
d'exploiter pleinement le potentiel des politiques énergétiques 
et climatiques qui protègent l'environnement. 
    "Pour les pays qui ont l'euro en commun, de nouvelles étapes 
seront nécessaires, pour renforcer la croissance, la 
compétitivité, l'emploi et la convergence, y compris dans les 
domaines social et fiscal. 
     
    "Des programmes ambitieux pour la jeunesse : l'Europe ne 
réussira que si elle donne espoir à ses jeunes. Nous devons 
renforcer les initiatives européennes pour la formation, 
l'entrepreneuriat et l'accès à l'emploi dans toute l'Europe, 
tels que l'Initiative pour l'emploi des jeunes ou le programme 
Erasmus pour les étudiants, les apprentis et les jeunes 
professionnels. 
     
    "L'Union européenne représente nos valeurs communes : nous 
défendons la paix et la liberté, la démocratie et la primauté du 
droit, le respect mutuel et la responsabilité, la tolérance et 
la participation, la justice et la solidarité. Il est temps 
aujourd'hui de réaffirmer ces valeurs. 
    "Nous proposerons demain aux Chefs d'État et de gouvernement 
et aux Institutions européennes de lancer un processus, selon un 
calendrier strict et un ensemble précis d'engagements,  afin de 
répondre aux défis présentés par le résultat du référendum 
britannique et de développer des solutions concrètes pour un bon 
avenir aux Européens au sein de l'Union européenne. 
    "Une rencontre spéciale des dirigeants en septembre sera 
consacrée aux défis communs auxquels les 27 États membres sont 
confrontés et aux priorités essentielles sur lesquelles ils 
devront décider. Ils devraient aussi se mettre d'accord sur des 
projets concrets à réaliser en Europe dans les six prochains 
mois pour la croissance et la sécurité.  
    "Les travaux devraient débuter immédiatement afin de 
développer les initiatives nécessaires. Des contributions de 
personnalités internationales pourraient nourrir les discussions 
sur les perspectives de l'Europe dans un contexte global. 
    "Les réunions du Conseil européen d'octobre 2016 et de 
décembre 2016 devraient évaluer les progrès accomplis dans cette 
perspective et donner les directives nécessaires. 
    "Le  soixantième anniversaire du Traité de Rome le 25 mars 
2017 sera un moment important pour réaffirmer l'unité de 
l'Europe et notre engagement commun dans le projet européen."
attentats de Paris

Le cerveau des attentats de Paris est un espion des Anglais

Passée inaperçue à la faveur du Brexit, cette révélation du Times sur les attentats de Paris: Mohammed Abrini, soupçonné d’être le cerveau des massacres du 13 novembre, est un informateur des services secrets britanniques. Il aurait d’ailleurs pu s’expatrier en Grande-Bretagne et y changer d’identité.

Je livre ici la dépêche publiée par la presse belge:

L’information parue hier dans le «Sunday Times», l’édition dominicale du très sérieux «Times» attire l’attention. «First Isis supergrass helps UK terror police» est-il titré. «La première taupe de l’État islamique aide la police antiterroriste britannique». Selon le journal, l’homme au chapeau de Zaventem a aidé les officiers britanniques à recueillir des renseignements sur les complots terroristes présumés et les sympathisants djihadistes au Royaume-Uni.

Il aurait ainsi retourné sa veste. «Après des négociations secrètes entre l’Angleterre et la Belgique, les enquêteurs à Bruxelles ont posé des questions fournies par les autorités britanniques», peut-on ainsi lire.

Une information reprise notamment par l’édition électronique du «Daily Mail». On y précise qu’un «Supergrass», dans le jargon britannique, est un informateur, une taupe qui, en échange d’informations importantes impliquant un grand nombre de personnes, peut espérer une immunité au niveau des poursuites, voire une peine plus clémente ou, mieux encore, une nouvelle identité.

Ici, dans le cas qui nous occupe, il n’est bien sûr pas question d’accorder ces faveurs au Belgo-Marocain. L’homme a participé à l’attentat à l’aéroport de Bruxelles-National, le 22 mars avec Najim Lachraoui et Ibrahim El Bakraoui. Il n’avait pas pu, «voulu» dit-il, faire détonner ses explosifs.

Il avait été interpellé le 8 avril à Anderlecht. On se souvient des incroyables images des caméras vidéo diffusées par la police fédérale. On le voyait quitter l’aéroport et marcher jusqu’à Bruxelles où il s’était évanoui pendant deux semaines. Aujourd’hui, Abrini est en détention préventive à la prison de Bruges.

No comment, comme disent les Anglais.

Source: AFP

Post-Brexit: le suicide européen continue

Trois jours après le fatal Brexit, la clique qui a mené l’Europe à cet état de délabrement semble plus que jamais décidée à achever son travail toxique. Le trio qui se réunit à Berlin devrait préparer les ingrédients de la potion létale ultime.

Mais pourquoi un sommet à Berlin?

On notera d’abord la folie qui consiste à accourir à Berlin pour sauver l’Europe. La capitale de la Prusse ne figure pas parmi les villes fondatrices de l’Union. Le fait que Renzi et Hollande y obéissent à la convocation d’Angela Merkel ne peut pas mieux illustrer le problème de l’Europe aujourd’hui, son vice systémique: le continent est conduit par une puissance qui n’appartenait pas au projet initial et qui ne prend aucun gant pour le redéfinir.

Par principe, on sait donc déjà, rien qu’à examiner la configuration de la réunion, que rien de bon ne peut en sortir. En particulier, la responsabilité de l’Allemagne dans le Brexit sera évacuée. C’est pourtant bien l’ouverture unilatérale des vannes migratoires qui explique pourquoi Cameron a dû proposer un referendum interne, et pourquoi ce referendum a consacré la rupture avec l’Angleterre.

Le fait que Merkel reste une puissance invitante montre bien l’incompréhension des dirigeants européens vis-à-vis de ce qui est en train de se produire…

Les idées saugrenues de François Hollande

De son côté, François Hollande arrive à Berlin avec quelques idées affolantes, mais jugées très intelligentes par ceux qui sont branchés en courant continu sur l’éloge sans nuance de l’Union Européenne. Il devrait plaider pour un surcroît d’intégration européenne pour ceux qui restent. Manifestement, depuis sa sortie de l’ENA, notre Président n’a pas fait évoluer son logiciel de compréhension de l’Europe. Comme beaucoup de décideurs politiques français, il est nourri à cette idée que l’Europe, c’est comme le crème fraîche: plus on en met dans les plats, meilleur c’est.

Pourtant, il suffit d’entrouvrir un oeil pour comprendre que ce n’est pas le moment. Non seulement les peuples n’aiment pas ça, mais économiquement, la mutualisation des dettes et des déficits dont rêve François Hollande pourrait se terminer par une très méchante déculottée économique.

Bref, François Hollande part à Berlin avec des solutions qui devraient achever le malade encore plus vite que prévu. Celui-là, on l’aura vraiment bien choisi!

Ce raidissement européen qui vient

Comme un malheur ne vient jamais seul, l’Europe manifeste déjà les signes d’une impatience qui a du tout d’un raidissement dangereux.

D’une part, et selon toute vraisemblance, les Européens demanderont au sommet de mardi et mercredi, présidé par Donald Tusk, un engagement de la procédure de sortie au titre de l’article 50. Les Européens devraient donc presser les Britanniques de sortir de l’Union, ce qui ne fera que jeter de l’huile sur le feu.

D’autre part, la Prusse commence à se cabrer et poussera sans doute l’Europe, comme elle l’a fait depuis plus de cent ans, aux pires extrémités. Sa ministre de la Défense, Ursula von der Leyen, vient par exemple d’apostropher la Russie en exigeant d’elle une information complète sur ses mouvements de troupe.

Nous n’en sommes qu’au début, et la température est déjà très élevée.

Musulmans

Les Musulmans sont-ils des Juifs qui s’ignorent?

Le poids des Musulmans en Europe sature le débat public. En grattant un peu, même le Brexit n’est pas sans lien avec cette problématique, dans la mesure où l’une des raisons du départ britannique est liée au poids de l’immigration que l’Europe accepte (notamment Angela Merkel, qui a imposé cette politique unilatéralement à l’Europe, rappelons-le).

Mais qui sont les Musulmans au juste? et d’où vient l’Islam? Il m’a semblé intéressant de profiter de l’été pour approfondir cette question.

L’hypothèse du judéo-nazaréisme

Une hypothèse largement répandue aujourd’hui est issue des recherches du père Edouard-Marie Gallez, lequel considère l’Islam comme une métamorphose de la secte des judéo-nazaréens. Gallez n’étant pas un professionnel de la communication, on ne se contentera pas de son labyrinthique site Internet pour comprendre le contenu de ses travaux. Celui-ci comporte toutefois un intéressant schéma:

Source: Edouard-Marie Gallez
Source: Edouard-Marie Gallez

Le schéma montre clairement les filiations religieuses qui ont pu exister au moment de l’apparition du christianisme. En particulier, Gallez soutient que l’Islam est le produit tardif d’une métamorphose des « nazoréens », présents dans la région de Lattaquié. Mahommet, le prophète, aurait été un initié de cette secte répandue dans la péninsule arabique et aurait marqué son érection en troisième religion du Livre: l’Islam.

Les racines juives et chrétiennes de l’Islam

Historiquement, l’Islam serait donc directement issue d’un judaïsme revu par les Chrétiens et ne s’en distinguerait pas fondamentalement.

Quelles étaient les croyances des judéo-nazaréens?

Ceux-ci pratiquaient un judaïsme distinct des Pharisiens, qui se regroupèrent à Yavné après la seconde destruction du Temple, en 70 après Jésus-Christ. Ils se distinguaient également des Chrétiens sans rejeter l’héritage christique (Jésus étant nommé Isa, dans l’Islam).

La doctrine nazaréenne est profondément marquée par la nécessité de libérer le monde du mal et des « fils des ténèbres ». Elle porte en elle une vision à la fois littérale et intégrale des textes, rejetant le mal et appelant sans nuance à son éradication. Pour le justifier, les nazaréens considéraient que le retour du Christ était imminent et supposait une reconquête non seulement de Jérusalem, mais du reste même de la terre.

On doit à Gallez d’avoir montré la filiation précise de ces idées avec l’Islam. D’une certaine façon, l’Islam serait l’expression « arabisée » de l’une des tendances historiques du judaïsme, largement ignorée pour les besoins de l’historiographie juive et chrétienne.

Les pistes offertes par la recherche

L’intérêt des études de Gallez réside, bien entendu, dans leur capacité à éclairer les circonstances et la visée téléologique musulmane autrement. D’une certaine façon, l’Islam, comme le christianisme tel qu’il fut exporté à ses débuts, sont des avatars des sectes juives qui avaient essaimé tout au long de l’Antiquité. Le judaïsme portait avec lui les développements des diverses formes de monothéisme fondées sur une Révélation divine telles que nous les connaissons aujourd’hui.

Les recherches scientifiques sur le sujet méritent d’être approfondies, dans la mesure où elles permettent de mieux comprendre les intentions dont l’Islam et ses diverses formes sont porteuses. Contrairement à la doctrine du « Vivre ensemble » qui relativise tous les discours religieux (sauf le discours chrétien bien entendu), la compréhension historique de l’Islam permet de comprendre sa capacité à la porosité à l’égard des idées démocratiques.

Elle ouvre la voie à une indispensable laïcisation.

Je tâcherai de revenir, cet été, sur l’abord de l’étude historique de l’Islam.

Brexit

Nous, les cons qui aimons le Brexit: une anthologie

Le Brexit n’a pas l’air de plaire au gouvernement profond. Celui-ci donne ses meilleurs chiens de garde pour expliquer que le referendum britannique n’est rien d’autre qu’un triomphe de la bêtise contre l’intelligence, une victoire épouvantable des cons sur les gens éclairés et capables de décider. Une tripotée d’amis qui se tiennent par la barbichette depuis des années pour capter les médias à leur profit et s’y auto-congratuler en infligeant au pays leurs idées toxiques (et lucratives) enrage de voir que les Anglais n’ont pas fait comme on leur avait dit de faire. Et les noms d’oiseaux fleurissent.

En hommage à tous ces cons auxquels je suis fier d’appartenir, je voulais aujourd’hui présenter une anthologie des meilleures marques de mépris reçus de la part de la caste des petits animaux rampant devant le gouvernement profond, et adresser une rapide réponse forcément très conne à leurs arguments forcément très intelligents.

Médaille d’or à BHL

Pour redonner du sens à une situation où la nomenklatura française a perdu le nord, le troisième quotidien le plus subventionné de France: Le Monde, a appelé à la rescousse le plus brillant (et le plus désintéressé) philosophe de notre époque, Bernard-Henri Lévy, qui a écrit:

Ce Brexit, c’est la victoire, non du peuple, mais du populisme. (…)

C’est la victoire, autrement dit, du souverainisme le plus rance et du nationalisme le plus bête.

C’est la victoire de l’Angleterre moisie sur l’Angleterre ouverte sur le monde et à l’écoute de son glorieux passé.

C’est la défaite de l’autre devant la boursouflure du moi, et du complexe devant la dictature du simple. (…)

C’est la victoire des casseurs et des gauchistes débiles, des fachos et hooligans avinés et embiérés, des rebelles analphabètes et des néonationalistes à sueurs froides et font de bœuf. (…)

Ce sera, toujours, la victoire de l’ignorance sur le savoir.

Ce sera, chaque fois, la victoire du petit sur le grand, et de la crétinerie sur l’esprit. (…)

J’en passe et des meilleures, ce texte étant la longue répétition de la même phrase sous toutes ses formes: les cons ont battu les génies.

Je suis heureux d’avoir lu ce très grand texte de BHL (et je me félicite que le contribuable file 13 millions d’euros au Monde pour publier ce texte plein de reconnaissance pour les « cons »), grâce auquel j’ai compris pourquoi je n’aurais jamais eu l’agrégation de philosophie si je l’avais tentée, et grâce auquel je sais enfin pourquoi certains passent en boucle à la télévision pour y exposer leurs idées. Ils sont intelligents, et moi je suis con. Je suis un rebelle analphabète, voire un hooligan embiéré, en plein boursouflure du moi. Ceux qui, comme BHL, sont contre le Brexit et pour le « Remain » appartiennent en revanche à « l’esprit », au « complexe ». Moi qui suis soumis à la « dictature du simple », je ne peux pas comprendre leurs raisonnements.

C’est d’ailleurs parce que je suis très con que je ne suis convaincu par aucun des brillants arguments de BHL.

Médaille d’argent à Quatremer

Sous la plume d’un Jean Quatremer qui nous a habitué à mieux sur Libération (sixième quotidien le plus aidé de France), on lira des considérations d’une ironie facile sur le choix des Britanniques.

Amis Anglais et Gallois, merci, du fond du cœur. Vous avez su résister à tous les arguments, des plus rationnels aux plus apocalyptiques, de ceux qui militaient pour le remain. (…) Vous avez pris le risque de diviser pour longtemps votre société entre, d’une part, jeunes, diplômés et urbains, massivement «remain», et, d’autre part, vieux, peu diplômés et ruraux, massivement «leave», une fracture sociale pour longtemps béante.

Vouloir le Brexit, ce n’est évidemment pas poser la question du fonctionnement de l’Union Européenne et de sa rationalité économique. C’est seulement appartenir à la catégorie peu ragoûtante des « vieux, peu diplômés et ruraux ». On continue:

Votre sursaut churchillien restera dans l’histoire ! Car vous savez ce qui vous attend : après la Seconde Guerre mondiale, vous vous êtes enfoncé dans la dépression économique au point que le FMI a dû voler à votre secours, comme une vulgaire Grèce. Votre PIB, lors de votre adhésion en 1973, était l’un des plus bas de la CEE, et c’est pour cela que vous avez rejoint un projet qui vous répugnait.

Bien entendu, l’appauvrissement de la Grande-Bretagne en 1973 n’a rien à voir avec son excès de réglementation et tient uniquement à son absence de la Communauté Européenne à l’époque. Et le retour de la Grande-Bretagne à la prospérité ne doit rien aux réformes lancées par Margaret Thatcher, mais doit tout à sa simple adhésion à l’Union.

Là encore, nous les cons, nous n’avons rien compris et nous devrions nous élever vers la lumière en acceptant sous coup férir une argumentation émise avec beaucoup de finesse par des gens beaucoup plus intelligents que nous.

Médaille de bronze à Jacques Attali

Comme toujours en phase de stress, les bobos du Monde convoquent tous leurs meilleurs amis des salons parisiens pour expliquer ce qu’il faut penser. Plus subtile que BHL, Attali s’est senti obligé d’ouvrir le débat de façon drolatique, et avec un total manque de clairvoyance (puisqu’il prédisait la victoire du « Remain » au matin du referendum):

J’ai toujours pensé que les Britanniques rejetteraient le « Brexit ». La sortie de l’Union européenne serait un suicide pour le Royaume-Uni. Il existe, dans l’histoire, des cas où des nations se sont suicidées, mais je ne crois pas que ce soit la tentation des Britanniques.

On mesure là encore les dégâts que l’influence exercée par Attali peut provoquer sur les politiques français. Les partisans du « Leave » justifient en effet leur position par leur volonté de préserver leur Etat-nation face au système communautaire. Réponse d’Attali: vouloir survivre, c’est être suicidaire. La mécanique de renversement des évidences à l’oeuvre chez BHL est ici aussi en marche. Simplement, elle se fait plus discrète, moins directement insultante.

Au passage, on notera que dans cet entretien du 23 juin au matin où Attali prédisait la victoire du « Remain », il se livrait à une autre prédiction tout aussi fiable:

Depuis longtemps, je prédis que la troisième guerre mondiale, si rien ne change, est pour 2025-2030. Tout semble se mettre en place.

Irma Attali.

Prix spécial du jury à Slate

Puisque je parle d’Attali, je ne voulais pas manquer une occasion de parler de l’un des médias dont il est actionnaire (comme beaucoup d’autres adeptes ou acteurs du gouvernement profond): Slate. Ce pure player a mené une campagne hostile au Brexit dont l’argumentation essentielle a reposé sur la logique exposée ci-dessus: d’un côté la lumière, de l’autre l’obscurité.

Je prends au hasard quelques articles:

Brexit

Bravo, Slate, pour cette brillante contribution à l’intelligence contre la toxicité des populistes idiots que nous sommes.

En tant que con fini pleinement assumé, je voulais ajouter un seul point sur ce constat. Manifestement, les partisans de la construction communautaire qui prétend être l’Europe s’obstinent à ne pas voir que le referendum britannique a d’abord consacré un rejet de l’arrogance, et une hostilité profonde à cette confiscation de la démocratie par une élite avaricieuse qui prétend la faire fonctionner seule, et qui attend qu’on lui dise « merci » avec le sourire.

Brexit

Comment le Brexit va tuer l’Europe

Vous avez aimé la crise des réfugiés l’an dernier? Vous aimerez le Brexit cette année, avec son torrent d’angoisses, de larmes, de haine, de mépris et de détestation. Pour comprendre la suite des événements, il faut se poser un peu et regarder attentivement la situation des Européens.

Le premier effet Brexit

Dès potron-minet après l’annonce des résultats, ce vendredi, les bourses ont donné un premier aperçu du souffle causé par la déflagration. En pleine torpeur estivale (soulignons cet événement exceptionnelle: il faisait chaud dans nos rues ce jour-là), le CAC40 s’est offert une petite chute de 10% au pire moment de la journée, et a tout de même clôturé à -8%. Face à la panique ambiante, les dirigeants européens ont donc prié nos anciens amis britanniques de prendre rapidement leurs clics et leurs clacs et d’aller dormir chez leur mère, en attendant que les formalités du divorce soient fixées.

L’incertitude sur les modalités de sortie de la Grande-Bretagne constitue un véritable poison lent mais violent pour l’économie européenne. Il faut dire, et tout le monde le sait, que Londres est la première place financière dans le monde, l’un des tout premiers paradis fiscaux, et il y a gros à perdre si chacun ne met pas d’eau dans son vin sur la garde des enfants.

Le deuxième effet Brexit est encore à venir

Les 4 Grands de l’Union Européenne poussent les Anglais à lancer des négociations dans le cadre de l’article 50 du traité de l’Union. Cette information seule explique largement le Brexit: ces 4 Grands ne sont autres que Jean-Claude Juncker, qu’on connaît un peu, Martin Schulz, qu’on connaît beaucoup moins, Donald Tusk, qui est totalement inconnu, et Mark Rutte, dont on n’avait jamais entendu le nom. C’est pourtant lui qui préside le Conseil.

Ces quidam quasi-totaux viennent d’ordonner à Cameron de lancer la procédure de divorce, au nom de la démocratie, bien entendu.

Le problème est que ladite procédure est tout sauf simple et rapide. Voici ce que dit l’article 50:

1.   Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union.

2.   L’État membre qui décide de se retirer notifie son intention au Conseil européen. À la lumière des orientations du Conseil européen, l’Union négocie et conclut avec cet État un accord fixant les modalités de son retrait, en tenant compte du cadre de ses relations futures avec l’Union. Cet accord est négocié conformément à l’article 218, paragraphe 3, du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne. Il est conclu au nom de l’Union par le Conseil, statuant à la majorité qualifiée, après approbation du Parlement européen.

3.   Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai.

Contrairement à ce que j’ai lu ici ou là, l’article 50 ne fixe pas un délai maximal de deux ans pour conclure les négociations de sortie. Celles-ci peuvent très bien s’éterniser. Le délai de deux ans n’est applicable que si les parties ne trouvent pas un meilleur accord.

Le divorce peut donc être long, et alterner les périodes de réconciliation et de déchirement. Tout cela pour le plus grand bonheur du reste de la planète.

Les partisans du Brexit n’ont pas de plan A

Si le Brexit était un événement habituel et parfaitement anticipable, il ne poserait pas de problème. Mais il se trouve qu’aucun pays n’a jusqu’ici voulu sortir officiellement de l’Union, et les Britanniques eux-mêmes, jusqu’à la dernière minute, l’étaient manifestement pas sûrs de le vouloir.

On découvre donc, le lendemain de la cuite, que les partisans du « Leave » avaient probablement un plan B, mais absolument pas de plan A. Sur ce point, il ne faut absolument pas manquer l’article édifiant de Business Insider, assorti d’une vidéo croustillante de Nigel Farage qui reconnaît avoir menti durant la campagne sur l’utilisation qu’il ferait de l’actuelle contribution britannique à l’Union Européenne.

En réalité, les partisans du Brexit ne savent pas trop quoi faire de leur victoire, et s’empressent de ne pas se presser pour réagir au cataclysme. D’un revers de la manche, ils ont balayé quarante ans de construction communautaire et doivent désormais repenser le pays dans un tout autre monde.

Tout laisse à penser que les Britanniques vont jouer la montre et faire durer le plaisir, au risque de menacer les équilibres qui peuvent encore être trouvés. On sait en tout cas que Cameron ne démissionnera pas avant octobre, et que son probable successeur, l’ancien maire de Londres Boris Johnson, ne se précipite pas sur la patate chaude.

Les Anglais voudront le beurre et l’argent du beurre

Tout le monde n’a pas compris, en Grande-Bretagne, que le Brexit permettait de supprimer les inconvénients de l’Union, mais supposait de renoncer à ses avantages. Or des voix se font déjà entendre pour préserver les circuits de financement qui faisaient plaisir à recevoir.

Le Premier Ministre gallois a par exemple demandé à conserver les financements agricoles et les fonds régionaux qui permettent à sa région de se reconvertir économiquement. On a du mal à croire qu’une telle demande soit encore possible, et pourtant, elle existe!

Elle illustre à merveille l’importance du deuil que les Britanniques doivent commencer désormais: celui du renoncement au confort de l’Union, dont, quoi qu’ils en disent, ils profitaient bien.

Le Brexit va causer des turbulences durables en Europe

Pour les dirigeants européens, la période qui s’ouvre sera d’autant plus délicate qu’ils devront expliquer à ceux qui restent la règle du jeu qui s’impose quand on part. Soit ils veulent limiter les dégâts et ils risquent d’apporter la démonstration qu’une sortie de l’Union n’est pas aussi dramatique qu’ils ne voulaient bien le dire pendant la campagne. Soit ils veulent dissuader les autres pays de suivre le même chemin, et les secousses économiques et financières consécutives risquent d’être suffisamment douloureuses pour que tout le monde veuille quitter l’Union.

Les mois qui s’annoncent seront particulièrement divertissants, puisque les intégristes de l’Union sont désormais pris à leur propre piège. Je renvoie ici à l’impressionnante interview de Moscovici il y a un an, qui expliquait qu’un referendum est toujours un risque après avoir prononcé ces mots d’un autisme total:

Les dernières élections européennes constituent un signal. Les députés anti-européens sont nombreux au Parlement européen. Je pense aussi aux jugements parfois sévères exprimés par les opinions publiques sur la construction européenne. L’euro est un des seuls éléments de satisfaction dans les baromètres européens, mais c’est bien maigre pour se contenter du statu quo. Si dans cinq ans la Commission et plus généralement les institutions européennes n’obtiennent pas de résultats, il faudra s’attendre à une montée encore plus forte des nationalistes et craindre un désenchantement fatal à l’endroit du projet européen.

Un Commissaire français qui se donne cinq ans pour obtenir des résultats… et qui trouve que l’euro est une grande réussite. Une fois de plus, cette caste de visionnaires et de décideurs de haute volée mène l’Europe vers des succès fulgurants.

entrepreneurs

20% des entrepreneurs gagnent 1.000 euros par mois

L’INSEE a publié hier une intéressante (quoique fragmentaire) étude sur la rémunération des entrepreneurs en 2012 et 2013. Celle-ci permet de remettre à plat le niveau réel de rémunération de cette catégorie mal aimée de la population active qui ne représente plus, rappelons-le, que 2 millions de personnes (hors auto-entrepreneurs) contre 4,5 millions en 1970. Ce « sociocide » des entrepreneurs a quelques explications quand on examine le revenu des impétrants.

20% des entrepreneurs gagnent 1.000 euros par mois

Je produis d’abord cet intéressant tableau qui fait le point sur le sujet:

Source: INSEE
Source: INSEE

Première remarque sur ces statistiques: elles incluent les professions de santé, qui font évoluer les moyennes et les médianes vers le haut. Vérification faite, conformément à son insupportable habitude, l’INSEE restreint l’accès à ses données brutes, et il n’est donc pas possible de recalculer au plus juste la rémunération des entrepreneurs hors personnels de santé dont on conviendra qu’ils exercent une activité d’une autre nature qu’un commerçant ou un maçon.

Remarquons toutefois que, sur 2 millions de personnes, ces indépendants de la santé représente environ 400.000 personnes, soit 20% des effectifs totaux. Une cotte mal taillée permet donc d’inférer que, hors médecins de tous types, la rémunération des entrepreneurs est plus proche, pour les 20% les moins riches, de 800 euros par mois que de 1.060 euros comme indiqué ci-dessus.

Quant à la rémunération médiane des entrepreneurs, elle se situe à 2.190 euros mensuels. Là encore, en appliquant notre cotte mal taillée, nous tombons sur un chiffre emblématique: 50% des entrepreneurs gagnent moins de 2.000 euros par mois.

Les auto-entrepreneurs durement touchés

Autre point emblématique: les auto-entrepreneurs gagnent en moyenne 440 euros par mois. Cette rémunération a baissé de près de 5% entre 2012 et 2013. Ces quelques chiffres expriment bien la précarité forte de la position des chefs d’entreprise et des auto-entrepreneurs au cours du temps. Il est en tout cas acquis que le changement de majorité en 2012 ne leur a guère été profitable.

Brexit

Après le Brexit, le Franxit?

Brexit! Les Anglais ont osé! ils ont eu les attributs masculins qu’il fallait pour dire: « on s’en va » ! Pendant plusieurs semaines, les « intellectuels », les « experts », les gens qui savent mieux que nous se sont pourtant relayés pour leur promettre les sept plaies d’Égypte s’ils allaient jusqu’au bout. Et malgré ces pressions, malgré les menaces, malgré les ultimatums, ils ont dit « We leave ». Pour tous ceux qui sont épouvantés par ce peuple nourri de panse de brebis à la menthe, ce seul acte de courage résonne comme un moment de réconciliation éternelle. Les Anglais ont montré la voie.

Les Anglais quittent le Lebensraum prussien

En posant un magistral « Leave », ce n’est pas l’Europe que les Anglais quittent, mais sa pâle imitation, son fantôme germanisé, cette mascarade où une Commission de pacotille brasse de l’air à Bruxelles quand les vraies décisions sont prises à Berlin.

Et c’est tout le sujet de ce referendum: que voulait dire rester? quel était le sens du « Remain »? Certainement pas marquer un attachement à l’Europe, mais bien plutôt se soumettre, accepter une règle du jeu qui ne profite qu’à l’Allemagne et qui entrave tous les autres. Et accessoirement, accepter une conception du continent berlinocentrée qui nous mène à notre perte et à des guerres en série.

Rappelons-le. Qui a déstabilisé le continent en ouvrant brutalement ses portes à des flots de migrants abusivement présentés comme les réfugiés d’une guerre que nous avons nous-mêmes provoqué ? L’Allemagne. Qui exaspère nos relations avec notre alliée russe traditionnel ? L’Allemagne. Qui pousse à signer coûte-que-coûte un traité transatlantique qui clive ? L’Allemagne. Qui exige des politiques budgétaires qui épuisent l’esprit européen ? L’Allemagne.

C’est bien le Lebensraum allemand que les Anglais quittent.

Après le Brexit, le moment de préparer un Franxit

Depuis une trentaine d’années, le gouvernement profond et ses thuriféraires vante les mérites de l’Europe comme source de prospérité. Tout argument contraire donne lieu à un réflexe pavlovien: si les recettes européennes ne marchent pas, c’est parce qu’il faut encore plus d’Europe.

L’euro est la caricature de ce mystère selon lequel quand il y a trop d’Europe, il en faut toujours plus. L’euro devait apporter la prospérité. Quinze ans après son lancement, tous les pays qui en sont dotés, sauf l’Allemagne (bizarre, comme c’est bizarre!) sous-performent et souffrent d’une croissance atone. Malgré tout, le gouvernement profond nous soutient qu’il faut encore plus d’intégration européenne pour assainir la situation.

Face à cette situation, les Français doivent suivre l’exemple anglais. Ils doivent comprendre que l’Europe est une notion trop grande, trop vaste, pour être réduite à cet instrument de domination prussienne qu’on appelle faussement Union Européenne. Le moment est venu de dénoncer cette imposture.

Que doit dire Hollande à Merkel?

Lorsque François Hollande, qui a absurdement accepté qu’un sommet des Etats fondateurs se tienne à Berlin, ville qui n’appartenait pas à l’Europe en 1956, au moment du traité de Rome, il avait en tête un renforcement de l’intégration européenne. Il faut que les Français lui fassent savoir qu’il doit inverser la courbe de ses erreurs et de son incompétence en expliquant à Merkel que nous exigeons un changement immédiat des règles du jeu, sans quoi, nous passeront au Franxit.

Ce changement, quel est-il?

Premièrement, il faut immédiatement entamer une profonde réforme de la Banque Centrale Européenne, qui doit être dotée d’un mandat incluant la recherche du plein emploi, et plus seulement le maintien d’une inflation à 2%. La BCE doit quitter Francfort et s’installer au Luxembourg.

Deuxièmement, il faut poser un principe de parité de voix entre la France et l’Allemagne au sein du Conseil Européen. La réunification allemande a donné un poids trop important à la Prusse.

Troisièmement, le poids des pays fondateurs doit être renforcé dans les votes au Conseil Européen par la mise en place d’un mécanisme de veto qui leur soit spécifique dans les décisions.

Quatrièmement, la France doit annoncer la mise en place d’une coopération spécifique avec la Belgique et le Luxembourg, qui mette le premier doigt dans l’engrenage d’un rapprochement territorial.

Cinquièmement, la France doit obtenir de ses partenaires une contribution spécifique à son effort de défense.

Sixièmement, la France doit exiger un plan d’investissement public effectif d’au moins 500 milliards d’euros pour contrer les effets dépressifs du Brexit.

Septièmement, la France doit interrompre les sanctions contre la Russie et doit chercher avec celle-ci une issue intelligente au conflit en Syrie. Elle doit préparer avec la Russie une intervention directe en Libye pour rétablir l’ordre.

Huitièmement, la France doit entamer une réflexion sur la transformation de l’euro en monnaie-or et la réintroduction de monnaies locales pour desserrer l’étau de la pression monétaire.

Moyennant ces ajustements qui sont un prémice de l’empire français, nous pouvons envisager de rester dans l’Union.

loi Travail

Loi Travail: et maintenant, que vont-ils faire?

Article écrit pour atlantico.

Après la manifestation de la Bastille, le gouvernement et les syndicats contestataires peuvent considérer qu’ils sont sur un match nul sur le terrain de la loi Travail. Le gouvernement affirme n’avoir pas cédé, et n’avoir pas à céder, les syndicats peuvent revendiquer un maintien raisonnable de la mobilisation dans le pays, même si de sérieux tempéraments peuvent être apportées à cette idée au vu du demi-échec enregistré à Paris. Quel est désormais le scénario qui sera suivi d’ici à l’adoption définitive de la loi par l’Assemblée Nationale le 5 juillet?

Le scénario improbable d’un retrait de la loi Travail

Selon toute vraisemblance, il est acquis aujourd’hui que le scénario du pire, celui d’un retrait de la loi, n’aura pas lieu. Aucun élément majeur ne devrait intervenir, au train où vont les choses, justifiant une mesure de cet ordre. Néanmoins, par goût de la pure spéculation intellectuelle, on peut continuer à penser que la prochaine journée de mobilisation, mercredi prochain, pourrait convaincre le gouvernement d’abandonner son combat et sa réforme pour préserver la paix sociale dans le pays.

Pour que cette option soit choisie, il faudrait évidemment que François Hollande, par une illumination soudaine, se dise qu’il a tout à gagner à sacrifier Manuel Valls, ou encore qu’il a plus à y gagner qu’à y perdre. Rappelons que, sur ce point, beaucoup peuvent considérer que la loi Travail, lorsqu’elle sera adoptée, laissera une tache indélébile à gauche.

Le scénario de l’incident imprévisible

En l’état, François Hollande peut toutefois considérer qu’abandonner la loi Travail si près du but lui vaudrait plus d’inconvénients que d’avantages, dans la mesure où il dévoilerait sa faiblesse et où il se brouillerait définitivement avec tous ceux qui lui reprochent d’être versatile, imprécis et de ne pas savoir où il va.

À moins que… à moins qu’un incident dramatique n’émaille une manifestation, ou qu’un événement imprévu ne permette au camp de la contestation de jouer les martyrs et de faire basculer le débat dans une émotion irrépressible. Dans cette hypothèse dramatique, François Hollande, magnanime, pourrait décider de revenir en arrière, de transformer Manuel Valls en fusible, et de rassembler la gauche autour d’un grand feu de joie et d’amour fraternel.

Le scénario du passage en force intégral

Un autre scénario paraît plausible mais aussi improbable: celui d’une promulgation de la loi en l’état et sans amendement nouveau qui serait de nature à en modifier l’économie interne. Certes, Manuel Valls jure ses grands dieux que c’est ce scénario-là qui se réalisera. Il a en particulier assuré que l’article 2 ne serait pas modifié.

Ce chemin paraît toutefois semé de nombreuses embûches.

D’une part, il est porteur d’une forte tension parlementaire. Dans la perspective d’une éventuelle primaire, et à la recherche d’un important soutien de la part de Martine Aubry, François Hollande n’a pas intérêt à suivre une route aussi frontale. Le bon sens commande donc de lâcher un peu de lest pour reprendre de la hauteur et de l’oxygène.

D’autre part, il n’est pas absurde, après le temps de la confrontation, de chercher à la crise une voie de sortie par le haut. Sur ce point, le rapporteur Sirugue a commencé à dévoiler quelques cartes et il est très probable que l’entourage du Premier Ministre souhaite arrondir quelques angles. Manuel Valls peut probablement quitter Matignon dans une situation de complète fâcherie avec ses amis politiques, mais tout le monde à gauche n’a pas forcément les mêmes intérêts.

Le scénario d’un probable compromis de dernière minute

Tout plaide donc pour que les apparences soient sauvegardées, mais que les lignes bougent. Discrètement, certes, mais efficacement et en bonne intelligence avec les organisations syndicales.

La bonne intelligence dicte sans doute une sorte de bouquets de concessions, dont certaines seront dans la loi Travail (comme le droit de veto des branches sur les accords d’entreprise), et d’autres à l’extérieur, par exemple dans la prochaine loi de financement de la sécurité sociale où les syndicats ne diraient pas non à une réglementation protectrice de leur financement.

La discrétion commandera sans doute d’opérer ces manoeuvres en toute dernière minute, par le jeu de passe-passe des amendements récupérés ou non au moment du vote bloqué. Cette technique de vote, qui évite le 49-3, permet au gouvernement d’extraire certains amendements, de repousser les autres, et de faire adopter le texte d’un coup.

Dans la confusion de cette opération, tout pourrait devenir possible…

Loi Travail

Loi Travail: la France roule sur la jante

Article écrit pour le Figarovox.

La dixième journée de manifestations contre la loi Travail s’achève! Si elle a rassemblé moins de participants que le 14 juin, journée très chahutée et violente, les syndicats n’ont néanmoins pas à en rougir. Leur mobilisation se situe plutôt dans la fourchette haute des participations antérieures, en tout cas à Paris. Le match nul continue donc entre un gouvernement qui joue les inflexibles et des manifestants qui proclament vouloir aller jusqu’au bout.

Manoeuvres gouvernementales en coulisse

Les observateurs n’ont toutefois pas manqué de noter les signes de fatigue donnés par le Premier Ministre, et les récupérations de balles in extremis par ses défenseurs centraux. Après s’être crispé sur l’interdiction de manifester, Manuel Valls a en effet laissé jouer son coéquipier Bernard Cazeneuve qui a arrondi les angles en autorisant un parcours atypique et sinistrogyre depuis la place de la Bastille. On n’en attendait pas moins de la part de ce grand initié aux arcanes de la vie policière.

Que se serait-il passé si cette solution de compromis avait été repoussée et si Valls avait maintenu l’interdiction de manifester?

Le pire est imaginable. Très probablement des nuées de casseurs auraient-elles déferlé dans la capitale pour défier le pouvoir et dévaster de façon anarchique tout le mobilier urbain et les vitrines d’un parcours imprévisible. Les pires dérapages auraient pu avoir lieu, et Manuel Valls doit une fière chandelle à Cazeneuve de lui avoir évité ce désastre.

Faut-il en déduire que le gouvernement est divisé? qu’il a cédé? peut-être pas, mais il est acquis que certains mesurent les dégâts potentiels de la méthode Valls et savent proportion et raison garder.

La méthode reste désastreuse

Reste que la stratégie menée par le pouvoir repose sur une imagination minimale pour sortir de la crise. On impose une loi débile au sens propre, c’est-à-dire très affaiblie par les innombrables concessions déjà faites, et on attend que les adversaires s’épuisent. C’est en tout cas le visage officiel qui est donné. Là encore, en coulisse, les discussions vont bon train, et le rapporteur Sirugue devrait apporter au gouvernement les arrondis que la déficiente ministre du Travail (qui a le mérite de ne ménager ni son temps ni sa peine) ne lui a pas apportés pour trouver une majorité à l’Assemblée Nationale.

Là encore, tout se passe comme si la majorité oeuvrait dans le dos de son Premier Ministre pour inventer des noeuds discrets entre des bouts de ficelle pour que le radeau tienne le temps de la traversée. Tout le monde se demande quand même si le pire n’est pas à venir… En dernière minute, rien n’exclut des rafistolages dignes d’une partie de poker. Il faudra donc rester très vigilant sur l’issue du débat.

Dans tous les cas, la méthode n’est ni propre ni glorieuse. Elle souligne l’usure qui frappe le Premier Ministre, et, à de nombreux égards, l’usure qui frappe le pays: les contestataires n’ont pas envie de faire de compromis, et les « légalistes » ont envie de leur faire manger le sable de l’arène.

Ne faut-il d’ailleurs pas y voir la répétition d’une partie qui pourrait mal tourner?

Qui conteste encore la loi Travail?

Au demeurant, il suffisait de fouler le bitume fondant de la Bastille, cette après-midi, pour mesurer, dans le mouvement de contestation, la cruelle absence des salariés du secteur privé qui devront se soumettre à la loi, et l’intense présence des fonctionnaires qui en seront exonérés. Les syndicats mènent ici une lutte à front renversé. Ceux qui devraient se plaindre ne se plaignent pas, et ceux qui ont le moins à plaindre monopolisent le crachoir.

Bien entendu, les organisations syndicales répètent à l’envi que les salariés du privé ont peur et n’osent pas afficher leur opposition au texte. Dans les faits, une autre lecture est évidemment plus probable: les services publics sont ceux où la culture de la négociation est la moins avancée, et ceux où la culture de la contestation systématique domine. Les salariés du privé ont donc tout à gagner à voir les accords d’entreprise prendre de plus en plus d’importance.

Le gouvernement devrait en tirer toutes les conséquences qui s’imposent. Le principal obstacle au dialogue social ne se situe manifestement pas dans le secteur privé mais dans les administrations. Plutôt que de multiplier des réglementations épuisantes pour rendre des entreprises vertueuses encore plus vertueuses, il devient urgent de prendre le taureau par les cornes et de mettre les services publics sur la voie de la révolution managériale.

Mais.. voilà un gros mot populiste qui vient d’être prononcé. Il vaut tellement mieux maintenir la fiction d’un Etat modèle et d’entreprises fautives…

manifestation

Derrière la manifestation, l’ombre du financement syndical

Officiellement, la manifestation d’aujourd’hui témoigne d’une division syndicale intense. Les uns sont réformistes et ne défilent pas, les autres sont contestataires et battent le pavé. Les uns ne veulent pas entendre parler d’inversion de la hiérarchie des normes, les autres la soutiennent. Mais derrière ces paravents de la discorde, se cache une entente plus profonde, une coalition d’intérêts où la division syndicale n’a plus sa place et qui tient en un mot: le financement des syndicats.

Une intersyndicale en pleine division

Il faut lire, dans les colonnes de la Tribune, la publication d’une lettre à Marisol Touraine signée par les cinq syndicats représentatifs au niveau interprofessionnel, pour comprendre quelle unité les organisations syndicales sont capables de trouver dès qu’il s’agit d’assurer leur financement. La lettre porte bien la signature de Philippe Martinez, de Laurent Berger, de Jean-Claude Mailly, de Philippe Louis et du tout nouvel élu de la CGC François Hommeril. On rêve? Non, c’est bien vrai! alors que les centrales se déchirent sur la loi Travail, elles font, dans l’ombre, leur unité sur une question énigmatique pour le grand public: l’application de la loi du 11 février 1950 sur les pratiques conventionnelles en matière de protection sociale complémentaire.

Qu’en termes élégants et pudiques ces choses-là sont dites!

Un étrange amour pour les très petites entreprises

Dans leur courrier, les organisations syndicales jouent un étrange rôle de composition: elles parlent au nom des très petites entreprises. C’est bien connu! les syndicats de salariés, en France, sont là pour défendre les patrons et les employeurs, rôle qui ne revient pas du tout aux organisations patronales.

Donc, dans l’intérêt des très petites entreprises, ces petites choses en sucre qui ont besoin de la CGT et de la CFDT pour exprimer leurs revendications, la bande des 5 demande à la ministre de préserver les désignations en prévoyance, c’est-à-dire l’interdiction faite aux très petites entreprises de choisir elle-même l’assureur qui couvrent les risques de leurs salariés. Dans l’intérêt des très petites entreprises, il faut que le choix de l’assureur revienne aux négociateurs de branche et non aux entrepreneurs eux-mêmes.

La question du financement occulte des syndicats au coeur du sujet

Bien sûr, ce sujet (qui pèse 30 milliards environ dans l’économie française) est présenté dans l’intérêt des entreprises. Et, comme toujours quand on entend un syndicat de salariés parler au nom des entreprises, il cache une affaire de gros sous.

Car les syndicats ne précisent pas que les accords de branche que leurs représentants négocient en prévoyance complémentaire profitent à peu près systématiquement à un cartel de groupes de protection sociale… gouvernés par les syndicats eux-mêmes et qui sont pour ceux-ci de superbes pompes à phynances. Autrement dit, les syndicats viennent de demander à Marisol Touraine de préserver un système (dénoncé par l’Autorité de la Concurrence comme attentatoire à la libre concurrence) censuré par le Conseil Constitutionnel parce que contraire à la liberté d’entreprendre, aux seules fins de garantir la continuité de leur financement.

L’exemple de la CGC

Prenons au hasard l’exemple de la CGC.

Que trouve-t-on sur le site de la confédération? Par exemple ce bandeau publicitaire:

manifestation

On voit y apparaître le logo de Réunica, filiale d’AG2R, qui finance les syndicats et assure la prévoyance du travail temporaire. Au passage, Réunica compte un concurrent qui s’appelle la MACIF, dont les dirigeants pourraient être étonnés de voir que la CGC utilise son influence pour favoriser un tel ou un tel sur le marché.

Sur le site de la Fédération de la Chimie, dont François Hommeril, président de la CGC est issu, on trouve ce bandeau publicitaire:

manifestation

Là encore, AG2R, Humanis et Klesia, sont autant de groupes de protection sociale qui profitent ordinairement des accords de branche pour ramasser la mise, en reversant des sommes substantielles aux organisations syndicales qui les désignent comme acteurs dans leur secteur.

Une fois de plus, les Français, et singulièrement les salariés français, sont pris pour des idiots par leurs chers syndicats. Officiellement, ceux-ci se déchirent sur la loi Travail. En coulisses, ils se retrouvent pour défendre un système qui les fait vivre. Au nom des petites entreprises, bien entendu.

numérique

La France en plein décrochage sur le numérique

Le rapport annuel de l’OCDE sur le numérique mérite vraiment d’être lu. Il illustre le décrochage français dans les filières d’avenir, en parfaite contradiction avec le mensonge idéologique du « ça va mieux! ». Les analyses de l’OCDE sur la part du numérique dans la valeur ajoutée, et sur l’emploi des ingénieurs du numérique dans l’économie en sont les parfaites illustrations.

Le numérique joue un rôle secondaire dans la valeur ajoutée

L’OCDE  produit ce tableau saisissant sur la part du numérique dans la valeur ajoutée:

Source: OCDE
Source: OCDE

Le classement est sans ambiguïté, malheureusement pour la France. En moyenne, dans l’OCDE, le numérique représente environ 5,5% de la valeur ajoutée. Des pays comme la Corée, le Japon, l’Irlande, la Suède, « explosent » cette moyenne en dépassant les 6% de la valeur ajoutée. La France appartient à la deuxième partie du tableau, aux côtés de la Slovénie ou du Danemark. Avec à peine 4% de sa valeur ajoutée provenant du numérique, la France se situe en plein décrochage…

Un cataclysme numérique sur le marché du travail

Pire encore, les chiffres sur la place des « spécialistes de l’information et de la communication » sur le marché du travail sont accablants:

Source: OCDE
Source: OCDE

Alors que des pays comme la Finlande comptent parmi leurs salariés 6% de spécialistes des technologies de l’information et de la communication, la France se situe en queue de peloton, avec moins de 3% de salariés appartenant à ce secteur. Parmi les « grands pays », seule l’Italie et la Pologne font moins bien. On notera la liste des pays qui dépassent la France: l’Espagne, le Portugal, la Slovénie, l’Estonie, l’Islande, l’Australie… entre autres.

Si la France peut se targuer d’avoir amélioré son score global depuis 2011, certains pays ont fait beaucoup mieux. Le Portugal, par exemple, comptait, en 2011, beaucoup de spécialistes des TIC que la France. Mais une politique volontaire lui a permis de rattraper son retard.

Une fois de plus, ce qui est en cause n’est pas forcément le retard français, mais l’incapacité de la France à le combler. Mais, c’est vrai, « ça va mieux ».

numérique

La France, ce nain numérique: un regard macro-économique

L’OCDE a publié son rapport annuel très complet sur le numérique dans l’économie mondiale. La lecture de ce document est accablante pour la France et illustre parfaitement les propos déjà tenus sur ce blog à propos de la logique industrielle low cost déployée par François Hollande depuis son accession au pouvoir. Peu à peu, la France se recroqueville sur une conception appauvrie de son activité productive et perd (coupablement) du terrain par rapport à ses concurrents mondiaux.

Le numérique, cette activité accessoire en France

L’OCDE a le mérite de comparer la part du numérique dans la production globale de richesse.

Voici un tableau qui résume à merveille la problématique:

Source: OCDE
Source: OCDE

Le tableau compare la part de chaque pays dans l’exportation de services (et non de biens) de technologies de l’information et de la communication. Les chiffres sont sans appel: la France représente à peine 4% de ces exportations, quand l’Irlande en représente près de 14% et l’Allemagne (qui a dépassé les Etats-Unis…) en représente 10%. Nous sommes bien loin des déclarations triomphalistes habituelles sur le sujet.

On notera que le Benelux (Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) fait pratiquement le double de la France, avec une population qui n’en représente pas la moitié. Sur ce point, la position française est tout simplement cataclysmique et illustre un décrochage terrifiant.

Une recherche et développement peu tournée vers le numérique

Un autre tableau de l’OCDE donne la chair de poule:

Source: OCDE
Source: OCDE

Ce tableau illustre la part de la recherche et du développement dans le PIB des Etats membres de l’OCDE. Avec 1,5% du PIB en dépenses privées de recherche et développement, la France se situe après des pays comme la Slovénie, l’Autriche ou le Danemark. Surtout, la part de ces dépenses privées consacrées au numérique est ridiculement basse, et même inférieure aux performances de l’Islande, de l’Irlande, de la Finlande, de la Corée du Sud. Tous ces pays investissent dans l’avenir. Pas la France…

Kerviel

Jusqu’où peut aller l’affaire Kerviel?

L’affaire Kerviel fait partie de ces dossiers emblématiques à l’aune desquels on juge toute une époque. Elle est de la même trempe que l’affaire Calas ou, dans un ordre différent, l’affaire Dreyfus, ou encore le procès des Templiers sous Philippe le Bel. Au rythme où va la Société Générale, Kerviel deviendra bientôt l’emblème séculaire de l’inégalité de traitement entre les puissants et les faibles. La question qui est désormais posée n’est plus vraiment de savoir si la hiérarchie du trader connaissait ses frasques, mais jusqu’où ira la détonation lorsque le pot-au-rose sera révélé.

Kerviel et l’embarrassant avertissement d’Eurex

On se souvient que, dès janvier 2008, Eurex, bureau de surveillance du marché à terme, affirmait avoir prévenu la Société Générale des agissements de Jérôme Kerviel. À cette époque, la Société Générale avait répondu:

Dans une déclaration, la Société générale explique en substance que les alertes mentionnées par le témoin ne lui permettaient pas de prendre conscience du problème Kerviel.

Les explications avaient à moitié convaincu les initiés, semble-t-il, qui restaient sceptiques sur l’ignorance totale de la banque dans un contexte aussi tendu.

Kerviel affranchi de ses dommages et intérêts

On connaît les révélations qui sont intervenues, cette année, sur les dessous possibles de l’enquête judiciaire. Peu à peu a pris forme l’idée que les magistrats avaient pu subir des pressions pour faire plonger Kerviel et épargner la direction de la banque. Cette évolution sur le fond a probablement influencé la position du Parquet lors du procès au civil en appel de Kerviel contre sa condamnation à payer près 5 milliards € de dommages et intérêts. L’avocat général a en effet requis le rejet de la demande de la Société Générale.

Comme le fait remarquer Jean-Marc Boyer dans son article de la Gazette de l’Assurance, ce réquisitoire risque d’embarrasser financièrement la Société Générale, déjà soumise à l’impôt dans ce dossier.

L’affaire de la subornation de témoin

Parallèlement, Kerviel a remporté une autre bataille judiciaire. Il a obtenu le placement de la Société Générale sous statut de témoin assisté dans une affaire de subornation de témoin. Le parquet semble ne pas exclure que la banque ait largement indemnisé le supérieur hiérarchique direct de Kerviel (1 million € d’indemnités) licencié pour faute après la révélation du scandale, en échange d’une déposition à charge contre le trader.

La banque conteste les faits, mais la situation est fâcheuse. Le supérieur de Kerviel s’est en effet désisté de son dossier aux prudhommes après la signature d’une transaction dont les détails promettent d’être croustillants.

La position très affaiblie de la Société Générale

Le dossier Kerviel n’est, après tout, qu’un dossier parmi d’autres dans un univers de connivences qui fait tache. On retrouve en effet la marque Société Générale dans toutes les affaires qui ont défrayé la chronique judiciaro-bancaire ces dernières années.

En avril 2016, les locaux de la banque ont été perquisitionnés dans le cadre du dossier des Panama Papers.  Tout laisse à penser que la Société Générale a facilité l’évasion fiscale, non sans que ses dirigeants aient juré aux parlementaires que ces opérations relevaient du passé. Ce qui ressemble à un parjure ressemble beaucoup à une énorme erreur stratégique dans un contexte kerviellien.

Mais faut-il rappeler ici, à titre d’autres exemples, les amendes infligées à la banque pour la manipulation des cours de l’Euribor (finalement réduite à 227 millions €), ou pour ses défaillances dans la lutte contre le blanchiment (500.000 € en 2012, infligée par l’Autorité de Contrôle Prudentiel)?

Petit à petit, la Société Générale accumule les revers et le citoyen peut à bon droit s’interroger sur les protections dont ses dirigeants bénéficient…

Jusqu’où ira la déflagration?

Jusqu’ici, les dirigeants de la Société Générale ont adoré jouer les inflexibles, menaçant de poursuites et de sanctions tous ceux qui contestaient une version monolithique et manichéenne des faits. Cette stratégie pourrait très bien se retourner contre le monde bancaire, comme l’affaire Dreyfus, en son temps s’est retournée contre l’armée française promise, pendant les décennies qui ont suivi, à un silence de plomb.

Le contexte est d’autant plus gênant que le directeur général de la banque, Frédéric Oudéa, est aussi président de la Fédération Française des Banques (FFB). C’est moche pour les banquiers… car un glissement de terrain imprévu risque de balayer la superbe bancaire pour un bon nombre d’années. Mais il est vrai que le pire n’est jamais sûr.

 

chiraquisation

Que cache la chiraquisation de François Hollande?

François Hollande est en pleine chiraquisation. Son inauguration du musée « Jacques Chirac » en lieu et place du musée du quai Branly, en a donné une nouvelle manifestation. Le prononcé du discours mérite d’être relevé, parce qu’il dévoile en un quart d’heure les multiples raisons de cette adhésion à une vision très caractéristique de la fonction présidentielle et de la doctrine républicaine.


Discours lors de l’inauguration de l’exposition… par elysee

Pourquoi François Hollande se chiraquise

On notera tout d’abord les bonnes raisons que François Hollande peut trouver de multiplier les références à Jacques Chirac et, plus généralement, aux héritiers plus ou moins proches du gaullisme. Après son passage à Colombey-les-Deux-Eglises, la référence à son anté-prédécesseur tient presque du parcours touristico-religieux.

La manoeuvre est limpide, et même grossière en phase pré-électorale: François Hollande drague les électeurs républicains désorientés par le durcissement du discours à droite, notamment parmi les émules d’Alain Juppé. S’afficher comme compatible avec le gaullisme à l’approche d’une campagne où la diminution du nombre de fonctionnaires devrait être un thème de clivage majeur peut être un bon calcul, après tout.

Chirac ou l’effet miroir

Au-delà du calcul tactique dont personne n’est dupe, François Hollande a d’autres bonnes raisons d’enjamber les scissions politiques pour retrouver la figure chiraquienne.

Tous les deux sont des énarques élus en Corrèze, dans des bastions ruraux où ils ont pu donner libre cours à une sorte de radical-socialisme fondé sur l’immobilisme et la culture du notable. L’un et l’autre appartiennent à cette France (des débuts) de la IIIè République, dont la vie, en état végétatif, est artificiellement prolongée à coups de subventions, de dotations grotesques de l’Etat (l’aéroport de Brive en est la preuve), de surfonctionnarisation et de facilités en tous genres.

Peut-être même trouvera-t-on chez François Hollande un pincement pour cette époque où il présidait le conseil général de Corrèze (qu’il a mis en quasi-faillite), à l’abri de la pression présidentielle – le temps béni où il pouvait caresser le cul des vaches et serrer la pogne des paysans en se jetant des canons. Quelle était simple, cette France des années 90, où l’endettement public protégeait sans limite la professionnalisation d’une classe politique sans envergure, hyper-professionnalisée et nourrie au sirop de l’immobilisme facile.

L’espérance fétichiste de la réélection

La ressemblance ne s’arrête pas là! Comme Chirac, Hollande a aimé jouer la carte du bon gars qui ne se prend pas trop au sérieux, qui reste sympathique, bon vivant, dans l’adversité. Comme Chirac, il a mené une politique erratique, opportuniste, avec des revirements, des mesurettes, de l’esbroufe, des postures de communication sans envergure et sans vision à long terme.

L’invocation des esprits chiraquiens aujourd’hui répond manifestement à la croyance magique qu’une bonne transe sous hypnose en invoquant les dieux corréziens lui permettra le même tour de force que Chirac en 2002: celui d’une réélection inattendue avec un deuxième tour face au Front National. C’est le côté superstitieux de François Hollande.

L’invocation de l’antiracisme comme doctrine politique

Comme par hasard, c’est sur la doctrine floue et variable de l’antiracisme que Hollande a choisi de célébrer Jacques Chirac, le fondateur du musée du quai Branly. Ah! les arts premiers, symbole de l’égalité de toutes les cultures, de leur relativité au fond.

Incidemment, une doctrine républicaine nouvelle se diffuse à travers la célébration de ces arts premiers: la France n’est plus universelle, comme par le passé, parce qu’elle montre la voie de la civilisation. Elle est universelle parce qu’elle sait que toutes les cultures se valent et qu’elle leur fait, à chacune, une place égale sur son sol. Là où la France existait en donnant l’exemple, elle devient le réceptacle de l’exemple donné par les autres. Autrefois, la France tenait le flambeau. Aujourd’hui, elle tient un miroir.

Tiens! le délire terranovien du grand melting-pot métissant français a commencé.

L’ahurissante récupération diplomatique

Avec François Hollande, l’invocation de Chirac sert aussi à une récupération sans scrupule du topique « multiculturaliste » à des fins diplomatico-militaires. Il paraît que nous faisons la guerre à Bachar El-Assad parce que nous aimons les arts premiers et l’égalité entre toutes les civilisations. C’est pourquoi nous faisons la guerre aux dictateurs. Il fallait l’oser celle-là! Du Chirac dans le texte.

Dans le même temps, Hollande ne parle pas des autres dictateurs à qui il rend visite, notamment aux émirs saoudiens. Il fait en revanche l’éloge de l’antenne du Louvre qui doit ouvrir à Abu Dabi prochainement, comme preuve de l’attachement de la France à l’égalité de toutes les cultures et à l’amour de l’Humanité tout entière. Que des opposants soient régulièrement emprisonnés dans cet émirat islamiste ne pose toutefois pas problème à notre Président défenseur des Droits de l’Homme, que le chantier du Louvre ait été réalisé par des quasi-esclaves non plus. Sans parler de la censure morale qui reste très loin de notre mode de vie « universel ».

Immobilisme et opportunisme sont les deux mamelles du chiraquisme

Bref, François Hollande ne se gêne plus pour courtiser l’aile gauche des Républicains et se chercher une nouvelle vertu en invoquant tous les démons du chiraquisme, en particulier une capacité à tout justifier par n’importe quoi, et une résistance structurelle au changement.

L’avantage avec Hollande, c’est qu’une fois réélu on saura par avance dans quel état se trouvera le pays à la fin de son second quinquennat.

TPE

Quand l’INSEE occulte les problèmes des TPE

Les Très Petites Entreprises (TPE), c’est-à-dire les entreprises de moins de 10 salariés, n’intéressent pas l’INSEE (ni le reste des pouvoirs publics) et c’est bien dommage. Une étude d’Eurostat sur les emplois vacants dans l’Union Européenne vient de le prouver.

Alors que les salariés des TPE représentent 20% de l’emploi salarié total (soit 3 millions de personnes), l’INSEE « oublie » de mesurer parmi eux le nombre d’emplois vacants. C’est bien dommage, car ce chiffre illustre à merveille la tension sur le marché du travail: plus le nombre d’emplois vacants est élevé, plus le marché s’approche du plein emploi. L’oubli de l’INSEE rend donc impossible la comparaison effective des performances françaises avec celles de ses voisins.

À titre d’exemple, les statistiques d’Eurostat donnent les chiffres suivants sur l’ensemble de l’Union:

Source: Eurostat
Source: Eurostat

Comme on le voit sur ce tableau, la Belgique, la République Tchèque, l’Allemagne, la Suède, la Grande-Bretagne, la Finlande, les Pays-Bas, ont entre un poste sur quarante et un poste sur cinquante qui est vacant…

En revanche, des pays semblent totalement sinistrés du point de vue de l’emploi: la Grèce, le Portugal, l’Espagne, la Pologne, l’Irlande, entre autres.

Et sans les TPE, la France en queue de classement

Pour ce qui concerne la France, le taux officiel pour les entreprises de plus de 10 salariés est de 0,8% de postes vacants, soit un poste libre pour 120 postes à peu près, un score trois fois moindre qu’en Belgique ou en Allemagne. Cette statistique en dit long sur les ravages du marché du travail en France où la vacance d’emplois est rare.

On apprécierait néanmoins de connaître le taux de vacances en intégrant les TPE, puisqu’à une époque le MEDEF soutenait que la France disposait de plus de 500.000 emplois non pourvus alors que le gouvernement soutenait qu’il en existait 300.000. En extrapolant les chiffres partiels de l’INSEE, l’estimation juste semble plutôt de l’ordre de 150.000, chiffre avancé en son temps par François Hollande.

Dans tous les cas, ces estimations à vue d’oeil montrent bien l’insuffisant dynamisme du marché du travail en France.

révolution

La révolution aura-t-elle lieu vendredi?

Tiens! une bonne révolution ce vendredi… vous en diriez quoi? Ce samedi, François Hollande et Jean-Christophe Cambadélis se tapaient dans les mains, sur les côtes et dans le dos à l’idée de leur grande manoeuvre tactique supposée brillantissime consistant à annoncer une primaire en janvier 2017. Mais d’ici là, certains caps risquent de se révéler très difficiles à passer. Par exemple celui de jeudi.

Que faire face à une manifestation interdite?

Après le remarquable échec des discussions entre l’inexpérimentée ministre El-Khomri et le moitié expérimenté syndicaliste Martinez, vendredi dernier, le pire est à craindre. La CGT organise une nouvelle manifestation jeudi, interdite par le ministre de l’Intérieur. Et maintenant on fait quoi?

Les précédentes manifestations ont déjà attiré tout ce que la France compte de gamins décérébrés mais décidés à taper du flic. Il y a peu de chances que celle-ci échappe au même sort. Bien au contraire: comme le Préfet de Police a dit sa préférence pour un rassemblement statique place de la Bastille (quel symbole hasardeux!), l’occasion devrait être idéale pour que les Black Blocks s’acharnent à faire sauter les barrages de police empêchant de rejoindre la place de la Nation.

Les ingrédients sont donc réunis pour une nouvelle séquence d’émeutes qui démontrera toutes les tares que l’on peut reprocher au gouvernement: absence de concertation, manque d’imagination dans les alternatives au conflit, passage en force, incapacité à « tenir » le pays.

On n’ose même pas imaginer à quoi ressemblera le pays le lendemain. Le gouvernement osera-t-il traîner Martinez en justice? Dans tous les cas, la CGT aura banalisé le climat quasi-insurrectionnel qui existe dans une partie grandissante du pays.

Ce n’est donc que cela, l’insurrection?

Au passage, et à la lecture des manuels d’histoire dans notre enfance, nous pouvions imaginer les insurrections comme des grands moments où tout le pays retenait son souffle, ou plus rien d’autre que l’insurrection ne se passait pas. En réalité, les grands soirs n’existent pas et les révolutions ne concernent qu’une part marginale de la population. Lorsqu’elle se produit, on s’en rend à peine compte. C’est plus tard, bien plus tard, qu’on en prend la mesure.

Probablement sommes-nous engagés sur cette pente où, un jour, des historiens verront dans le printemps 2016 les prémisses d’un bouleversement de grande ampleur.

Si cette hypothèse devait se vérifier, nous pourrons nous en féliciter: la Vè République est devenue invivable, étouffante.

Et le Brexit dans la foulée?

L’ironie de l’Histoire veut que, le même jeudi, les Britanniques aient rendez-vous dans les urnes pour choisir de rester ou non dans la construction communautaire européenne, que je me refuse de confondre avec l’Europe. L’Europe, ce grand destin. L’Union Européenne, ce ratage complet.

Les commentateurs annoncent déjà le pire. Le samedi 25 juin, les dirigeants des pays fondateurs de la CEE se retrouveront à Berlin pour aviser de leur réponse aux résultats. C’est évidemment une imposture complète puisque Berlin ne faisait pas partie du projet initial de la Communauté Européenne. Pour que la France accepte de se retrouver en Allemagne deux jours après le referendum britannique, il lui faut une fameuse dose de soumission.

Dans tous les cas, Angela Merkel, en provoquant cette rencontre en Prusse deux jours après un événement aussi fatidique, envoie un message clair sur son intention de renforcer la domination prussienne en Europe, et sur son incompréhension profonde des causes du Brexit. Si celui-ci devait se réaliser, ce serait d’abord à cause de la politique migratoire unilatéralement décidée par Berlin… et même, disons-le, à cause du caractère unilatéral de cette politique.

Une fois de plus, la Prusse est prête à sacrifier l’Europe à ses intérêts immédiats et à ses lubies hégémoniques.

Entretemps, le monde aura changé. En cas de victoire du « Leave », les marchés financiers auront subi les pires secousses et le monde financier aura perdu sa boussole.

Le vendredi de tous les dangers

Le monde changera-t-il vendredi? Et singulièrement la France? Personne ne peut en être sûr, mais personne ne peut l’exclure. Et c’est bien la caractéristique dominante de notre époque: tout est désormais possible, même le pire.

Musulmans

Soumission: pourquoi les femmes portent le voile…

Cet article est un témoignage anonyme et non authentifié publié par Katibin.fr en avril 2016. Les titres intermédiaires ont été ajoutés par mes soins.

Le voile…

Le sujet de tous les débats de nos jours en France. Tout le monde a son mot à dire, mais on entend que peu ce que les principales concernées ont à dire à ce sujet.

Alors j’écris ça à toutes les personnes qui m’ont déjà demandé pourquoi je portais le voile, et à toutes celles qui ont voulu le faire mais qui n’ont jamais osé. La compréhension apporte la tolérance et l’acceptation de l’autre. Elle combat la peur de l’inconnu.

Le voile, un commandement de Dieu

Avant d’en arriver aux raisons même, aux bénéfices ou aux points positifs, j’aimerais commencer par dire que la raison première qui m’a poussée au port du voile est la volonté d’obéir à un commandement de Dieu. Quand on a la foi, on a confiance en Dieu, et on sait que quand Il nous commande de faire quelque chose, ça ne peut être qu’un bien pour nous, même si on ne voit pas tout de suite la sagesse derrière.

C’est un peu comme ne pas manger de porc, on ne sait pas exactement quelles sont les raisons à cette interdiction –même si on en a une idée aujourd’hui, scientifiquement, quand on voit l’hygiène de cet animal et bien d’autres choses qui pourraient nous nuire- mais on ne le fait pas quand même.

Certains diront : mais pourquoi Dieu voudrait-il que vous vous couvriez la tête ?

Dieu nous a commandé la pudeur, aux hommes et aux femmes, et il nous a prescrit une manière d’arriver à cette pudeur. Tout comme il nous a prescrit la prière cinq fois par jour, d’une certaine manière précise, pour pratiquer notre spiritualité et nous rapprocher de Lui.

Le voile est un mode de vie, une attitude

Maintenant, ce qu’il faut comprendre, c’est que le voile n’est pas un tissu qui sert à couvrir les cheveux. C’est un mode de vie, c’est une attitude, c’est un concept. Il s’agit de se couvrir le corps, la tête, de s’habiller de manière qui ne laisse pas apparaître les formes du corps. Mais il s’agit aussi d’avoir l’attitude de pudeur et de modestie qui va avec. Et ce sont d’importants principes dans notre religion.

Pourquoi Dieu nous a-t-il commandé cela ? N’est-ce pas dégradant pour la femme ?

Dans le verset où le voile est prescrit, Dieu commence par s’adresser aux hommes en leur demandant de baisser leur regard et de garder leur chasteté. Donc avant même de parler de la femme, couverte ou pas, l’homme lui doit le respect, n’a pas le droit de la regarder de manière indécente, comme si c’était une simple source de plaisirs pour lui. Dieu donne de la valeur et de la dignité à la femme en lui demandant de se couvrir et de n’exposer ses atouts qu’aux personnes les plus proches. Son corps n’est pas un objet, sa beauté n’est pas un moyen de rentabiliser des produits ou d’attirer les regards sur des spots publicitaires. La femme est bien plus que cela, elle a bien plus de valeur.

« Dis aux croyants de baisser leurs regards et de garder leur chasteté. C’est plus pur pour eux. Allah est, certes, Parfaitement Connaisseur de ce qu’ils font. Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines […] » [Coran S24 :V30-31].

Pour moi, être féministe, ce n’est pas s’exposer à moitié nue pour réclamer ses droits. Etre féministe c’est avoir le contrôle sur qui je suis, sur mon identité en tant que femme, sur ce que je veux exposer ou non de mon corps ou de ma beauté. Pour moi, être féministe c’est réclamer que chaque femme puisse faire le choix de vie qu’elle veut, le choix vestimentaire qu’elle veut. Et réclamer le respect de la femme dans tous les cas.

Agresser verbalement ou physiquement une femme à moitié habillée est pour moi tout aussi inacceptable qu’agresser une femme voilée. Souvent, j’ai eu à faire à des personnes qui me méprisaient et presque m’insultaient pour mon port du voile, parce que selon elles la femme doit être libérée et s’est battue pour ses droits. Eh ben, personnellement, je me sens plus libre que jamais en me couvrant et en n’exposant mon corps qu’à certaines personnes. Et si des femmes se sont battues pour « leurs droits », le fait que je porte un voile n’invalide en aucun cas ces combats. Ce n’est pas incompatible.

Je ne suis soumise à personne, j’obéis à un commandement divin

Je ne suis soumise à personne, personne ne m’a forcée à me couvrir. Et faire le choix de se couvrir est un droit, lui aussi, à part entière. Justement on m’a déjà demandé si quelqu’un m’avait imposé de porter le voile. C’est mon choix personnel et réfléchi, c’est une obéissance à un commandement divin, c’est la pratique de ma religion. Et je suis même convaincue du sens de la chose et du bien que ça m’apporte intérieurement et dans la vie de tous les jours.

Je suis bien d’accord qu’il y a des maris qui obligent leur femme à porter le voile, et qu’il y a toutes formes d’excès dans certains pays. Ces hommes ne font que cela qu’au nom de leur bêtise et de leur complexe psychologique et personnel. Un peu comme ceux –musulmans ou non- qui battent leur femme. Dans la religion, personne ne peut forcer quelqu’un à faire quelque chose. On ne peut pas imposer la foi, ni sa pratique. Ce n’est pas les croyants qu’il faut juger, car ce sont des êtres humains, ils n’incarnent pas parfaitement la religion qu’ils pratiquent.

Si on est sincèrement à la recherche de compréhension, c’est au le Livre Saint qu’il faut ouvrir son cœur.

Certains se demandent pourquoi Dieu imposerait-il le voile aux musulmanes, et pas aux autres religions. Eh bien, à l’origine, le voile est prescrit dans toutes les religions monothéistes. Ce verset de l’Ancien Testament en témoigne :

« Car si une femme n’est pas voilée, qu’elle se coupe aussi les cheveux. Or, s’il est honteux pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou d’être rasée, qu’elle se voile » (1 Corinthiens 11 :6).

Un Dieu, plusieurs prophètes, un message

Un Dieu, plusieurs prophètes, un message, c’est le fondement même de notre croyance. Les fidèles des autres religions pensent que c’était valable pour cette époque-là, mais que maintenant on vit dans les temps modernes, ce n’est plus pareil. Eh bien, nous musulmans, on pense simplement que la parole de Dieu n’a pas été révélée pour une période précise. Si Dieu l’avait voulu, Il aurait précisé un temps ou une période pour ses prescriptions. Il sait mieux que nous, on ne se permet pas de changer ou d’adapter Ses paroles.

Dans aucun des Livres saints il n’y a écrit que le voile est réservé à une certaine période. Et pour nous, le Livre Saint est un guide pour tous les âges et toutes les générations.

Certains se demandent aussi pourquoi certaines femmes musulmanes, parfois pratiquantes, ne portent pas le voile. Souvent ces femmes savent et reconnaissent bien que c’est un acte prescrit par la religion mais chaque personne est différente, chaque personne en est à un certain stade spirituellement, chaque personne avance à son rythme.

Interdire le voile parce qu’il opprime la femme est pour moi illogique. Ça revient à interdire à certaines femmes de vivre selon leur choix de vie, leurs principes. Ça revient à obliger la femme à adhérer à des ‘principes’ de la société, à accepter des idées qui ne sont pas les siennes, au nom de son « émancipation » et de sa « libération » qu’elle ne voit pas du tout de la même manière. Ne pas permettre à la femme de faire les choix qu’elle veut et de vivre de la manière qu’elle veut, n’est-ce donc pas cela que d’opprimer la femme ?

S.M. 23/04/16

salarié

1 salarié sur 7 n’a pas de limite horaire

1 salarié à temps complet sur 7, en France, n’est officiellement pas soumis aux 35 heures, et dispose d’une organisation de sa durée du travail dite aux forfaits-jours. L’étude ACEMO du ministère du Travail vient de remettre les chiffres à jour.

Voici les chiffres produits par cette enquête annuelle:

salarié

13,7% des salariés à temps complet sont soumis aux forfaits-jours.

Cette proportion moyenne connaît de forts écarts, avec un très faible recours à ce dispositif dans le service public et l’action sociale (3,9%), dans les transports (3,8%) ou la restauration (4,4%).

En revanche, plusieurs secteurs sont de véritables champions du recours au forfait-jour. Dans l’industrie chimique, le taux de recours est de 20%, il est de 26,8% dans l’information et la communication, mais aussi dans l’industrie. La proportion atteint presque le tiers des salariés dans la banque et l’assurance.

Ces chiffres illustrent de façon limpide les questions qui sont régulièrement posées sur la durée du travail, et que la loi éponyme eût dû régler. En particulier, sur 16 classes d’activités différentes, l’amplitude des régimes horaires va pratiquement du simple au décuple. Pourquoi imposer un régime horaire unique dans un univers aussi divers et aux contraintes aussi différentes?

Pourquoi, pour le reste, interdire aux très petites entreprises de recourir à cette formule par décision unilatérale de l’employeur? Cette réforme-là est la seule qui permettrait de créer de l’emploi de façon simple et dynamique, dans la mesure où ce sont les entreprises les plus créatrices d’emplois qui bénéficient aujourd’hui des contraintes horaires les plus lourdes.

On notera d’ailleurs que le ministère du Travail évite de donner trop de publicité à ce dispositif simple. Les informations statistiques sur le sujet sont parcimonieuses, alors qu’on aimerait savoir concrètement comment se présente le recours au forfait-jour dans les entreprises. Cette extrême discrétion est un signe supplémentaire de la lutte sourde engagée pour niveler le travail sur un modèle simple, pauvre et uniforme.