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Air France: la République des copains-coquins en difficulté

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Après la loi Rebsamen qui a permis à l’Etat d’infliger aux entreprises de grandes leçons sur le dialogue social et ses innombrables vertus, Air France donne le triste spectacle d’un naufrage où l’Etat employeur ou donneur d’ordres se révèle incapable d’appliquer le dixième des préceptes qu’il met en avant pour justifier ses diktats au secteur privé.

Air France et les copains-coquins

Il faut d’abord tordre le cou au mythe grotesque selon lequel Air France serait une entreprise privée comme les autres. Pour s’en persuader, rappelons simplement la réalité capitalistique du groupe. Privatisée en 1999, Air France ne compte qu’un seul actionnaire de référence: l’Etat français, qui détient 15% du capital. Le reste du capital est « flottant » avec une évolution du cours qui en dit long: introduite en bourse en 2002 au prix nominal de 14€, l’action Air France n’en vaut même plus 7 aujourd’hui. Le petit épargnant français qui a cru à sa compagnie nationale a perdu 50% des économies qu’il y a placées en moins de 15 ans.

La réalité d’Air France est qu’en dehors de l’Etat, personne n’y exerce de véritable pouvoir et la compagnie ressemble beaucoup au capitalisme russe: ce sont des fonctionnaires qui l’accaparent aujourd’hui en prétendant qu’ils sont devenus, par l’opération du Saint-Esprit, des moghuls du capitalisme.

Le PDG du groupe Air-France KLM, Alexandre de Juniac, est conseiller d’Etat et ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde, parachuté en 2011 pour remplacer Jean-Cyrille Spinetta, lui-même énarque. Le président d’Air France, Frédéric Gagey, est polytechnicien et ancien de l’ENSAE, inspecteur des finances. Ces cursus ne disqualifient pas les hommes. Ils disent simplement la proximité naturelle entre l’Etat et Air France, et l’appropriation de la compagnie nationale par une technostructure plus ou moins politisée.

De grâce, que ce havre des copains-coquins ne nous soit pas présenté comme l’exemple parfait de l’entreprise luttant dans un monde de concurrence libre et parfaite. Et si certains avaient encore un doute sur le sujet, la nomination du conseiller social de Valls à la direction des ressources humaines du groupe permet de dissiper toute hésitation.

Air France, paradigme du management public

Que le dialogue social soit épouvantable dans notre compagnie nationale est une évidence. La grève des pilotes, essentiellement traitée par voie de médias, au mois de mai, en avait donné un signe avant-coureur. Tous ceux qui ont activement lutté pour la réforme du dialogue social façon Rebsamen, avec force considérations sur les bienfaits de la négociation, ont donné une superbe démonstration de leur savoir-faire personnel en la matière.

L’expérience montre qu’il ne suffit pas de donner des leçons pour savoir les appliquer!

Les Français qui ont vu, médusés, le directeur des ressources humaines du groupe se heurter à la porte de la salle où le comité d’entreprise à l’origine de toutes les violences se tenait, essayer en vain de déverrouiller une serrure fermée par Gagey et Juniac en fuite, ont compris ce qu’était la gestion publique. Les officiers généraux du groupe ont prestement abandonné leur colonel sur le champ de bataille, lui laissant le soin de mourir au champ d’honneur pendant qu’ils se carapataient courageusement.

On imagine sans peine qu’après cet épisode glorieux, Gagey et Juniac pourront donner des conférences sur le management socialement responsable dans les toutes les grandes écoles de commerce du monde. Les mêmes ont courageusement, quelques jours plus tard, mis à pied sans salaire cinq auteurs présumés de violence. Le management par le courage et l’exemple est ici à l’oeuvre.

Au moins, les Français n’ont plus d’illusion: les hauts fonctionnaires si soucieux de l’intérêt général et si prompts à dénoncer les petits patrons poujadistes et exploiteurs se révèlent de redoutables hyènes quand ils sont en position de responsabilité.

Les syndicats jouent leur partition

Dans ce concert de faux semblants, la position des organisations syndicales ne manque pas de piquant. Officiellement en effet, la CGT et FO cautionnent à des degrés divers les violences qui ont été commises en stigmatisant les violences patronales que constituent les licenciements. Pour un peu, on sortirait un mouchoir et on pleurerait, si on ne se souvenait pas que l’employeur violent est un faux nez de l’Etat et qu’aucun capitaliste n’a mis un euro dans le groupe.

Ces mêmes organisations syndicales oublient quelques détails sur la façon dont elles instrumentalisent le groupe et le conflit à leur propre profit.

La position de la CGT en constitue un superbe exemple. Chargée de la gestion des richissimes oeuvres sociales du comité d’entreprise du groupe, la CGT s’est retrouvée à la tête du comité d’entreprise, qu’elle a tout droit envoyé en redressement judiciaire. Pendant des années, en effet, le comité d’entreprise a servi de refuge à tout un tas de copains qui ont vécu aux frais de la princesse. Rappelons quand même que les subventions accordées par Air France à ce comité flirtent avec les 100 millions d’euros annuels, soit un tiers des économies annuelles que le groupe cherche à réaliser…

Comme la CGT, FO, l’autre syndicat qui trouve tant d’excuses à ceux qui ont violenté le directeur des ressources humaines, oublie savamment de rappeler que les patrons provocateurs d’Air France sont issus des rangs de l’Etat et prospèrent dans une ex-nationalisée toujours détenue par l’Etat. Mais on imagine que FO qui, comme la CGT, est dominée par ses fédérations de fonctionnaires, préfère mentir à ses militants en faisant vivre le mythe d’un capitalisme agressif qui détruirait les emplois.

On s’amusera lundi prochain de voir Jean-Claude Mailly se rendre à la Grande Conférence Sociale où il négociera des prébendes pour son organisation: là, une présidence pour l’un des bureaucrates syndicaux de sa confédération, ici une réglementation favorable qui préservera les circuits de financement de sa maison si pauvre en adhérents.

C’est le jeu du syndicalisme français que de prendre des postures si semblables à celles du pouvoir exécutif: faites ce que je dis, mais ne faites surtout pas ce que je fais.

Valls rappelle qu’Air France est d’abord une entreprise publique

Le gouvernement a tenté de faire vivre le mythe selon lequel Air France était une véritable entreprise. Il s’est donné l’illusion que les dirigeants d’Air France n’étaient pas aux ordres et qu’ils étaient de vrais patrons. Le problème dans la vie est qu’on peut bien se mentir entre puissants qui arpentent les couloirs de la Cour, tôt ou tard la vérité finit par éclater aux yeux des petites gens qui n’ont pas de malice.

Ainsi, après avoir rendu en grande pompe visite à l’état-major d’Air France pour y dénoncer les gueux qui avaient fomenté cette jacquerie, Manuel Valls découvre peu à peu l’imposture des mammouchis qui dirigent la compagnie aérienne. Outre que cinq manants ont été arrêtés à l’aube devant leurs enfants pour subir le supplice de la roue en place de Grève, les super-managers Gagey et Juniac se sont sentis obligés d’en rajouter une louche en les suspendant sans le sou et sur-le-champ.

On leur conseille d’abord vivement de ne pas se tromper parce que, si la justice innocente les cinq incriminés en question, l’équipe Gagey et Juniac risque de se retrouver dans de beaux draps… C’est un coup à présenter sa démission dès le lendemain de la relaxe, voire le soir même.

En outre, on peut se demander quel intérêt les deux lascars peuvent avoir à jeter de l’huile sur le feu dans un conflit qui tourne vilain. Gagey et Juniac peuvent bien s’imaginer être de grands entrepreneurs prêts à conquérir le monde, et se pousser du col pour se distribuer Légion d’Honneur et autres rubans qui permettent d’identifier les mérites économiques pour ceux qui peinent à les prouver, ces petits mensonges n’abusent qu’eux. Ils sont d’abord à la tête d’une entreprise publique qui s’enfonce sans discontinuer dans le marasme, pendant que ses concurrents internationaux gagnent de l’argent.

Ce rappel-là devrait les rendre modestes et les convaincre d’abandonner leurs airs de cow-boys avant que leur maître l’Etat ne les y contraigne. Le petit mot de Manuel Valls sur le plan social qui pourrait être évité en dit long sur l’imposture qui se dissipe: Air France devrait rapidement revenir à une logique étatiste où, peu ou prou, le contribuable devra venir en aide au pauvre salarié d’Air France victime de la violence patronale.

Puisque, c’est bien connu, la solidarité conte à sacrifier l’intérêt général à quelques intérêts particuliers.

11 commentaires

  1. Emma dit

    Les vilains mensonges des copains-coquins.
    – Les pilotes AF sont trop payés. Les pilotes sont très bien payés effectivement mais exactement dans le standard des autres grandes compagnies aériennes et encore si on compare les salaires brut et pas net; l’âge de leur retraite est à 65 ans alors même que la retraite des pilotes KLM (même groupe) vient juste de passer de 55 à 59 ans !
    – Les pilotes AF travaillent moins que les autres. Faux : La direction présente des moyennes d’heures de vol (environ 700h) pour démontrer à grand renfort de JT qu’ils travaillent beaucoup moins que leurs homologues allemands ou anglais. Or, ils omettent de préciser qu’ils intègrent dans cette moyenne les heures de vol de leurs pilotes- managers qui font deux fois moins d’heures que les pilotes « normaux ». Ces pilotes managers ont d’ailleurs été nommés par la direction pour porter la bonne parole à leurs pairs en contournant ainsi les syndicats.Une responsable du SNPL (syndicat majoritaire des pilotes) a d’ailleurs essayé, pour preuve, d’expliquer que certains pilotes avaient été déprogrammés car ils avaient déjà effectuer le nombre d’heures de vol maximum imposé par la loi.
    – « Si les pilotes n’acceptent pas de travailler 17% de plus (en réalité c’est de gagner moins 17%) des salariés « au sol » seront licenciés. Faire porter le chapeau à une profession déjà honnie (cf dernière grève) c’est malin mais c’est également une duperie. La direction a de toutes façons l’intention de procéder à des coupes sombres parmi les salariés au sol. Ces derniers très remontés par les dirigeants contre les pilotes commencent à peine à comprendre que les navigants ne sont qu’un apéro et qu’ils vont constituer le plat principal ( d’où l’intersyndicale un peu tardive)
    – » Les 5 manifestants arrêtés sont des voyous » pilonnent des dirigeants et Valls encore ce matin même à la télé. Le problème c’est que l’on ne sait toujours pas comment les faits se sont déroulés. Vigile dans le coma ou pas dans le coma et pourquoi, coups et blessures par qui, sur qui, comment, on ne sait rien. Un pilote présent a témoigné qu’un pilote avait pris un coup de matraque et une hôtesse s’était faite gazée, mais tout cela reste très flou apparement.L’opération de com elle par contre est très claire ; montrer au peuple que ça va lui coûter très cher de s’en prendre aux puissants. Faire un exemple quitte à mettre le feu aux poudres mais surtout « touche pas à ma chemise ». Et on comprend car Il en va de la survie de toute une caste qui passe du public au privé, d’une grande entreprise à une autre, le temps de se constituer une retraite chapeau, des augmentations de salaire, des avantages à vie et cela après parfois seulement 3 ou 4 ans d’activité niant, méprisant des salariés pour qui LEUR entreprise est toute leur vie, des revenus mais aussi une fierté, une raison d’être aussi. C’est sans doute ça la lutte des classes …

  2. Béber de Vazimonga dit

    Moins il y aura de boulot et plus le fait de se retrouver au chômage sera une source de stress capable de générer de la violence . Pourquoi ?

    Parce qu’il y a trois façons de réagir à ce qui crée le désespoir : la sidération , la révolte , ou l’espoir.

    En visionnant une vidéo qui a filmé une partie des événements , on peut comprendre que les dirigeants d’air France on eut , en fait , de la chance.
    Le mépris condescendant , l’abscence totale d’empathie pour annoncer un drame ( car le chômage n’est pas qu’un chiffre ), le ressenti des salariés vivant la nouvelle de leur licenciement comme une injustice …tout celà génère automatiquement , chez l’homme , de la violence .
    Soit ce qui est humain n’est pas enseigné dans les grandes écoles formant nos hauts fonctionnaires , soit le trio sans chemises est effectivement une bande d’incapables.
    Pour rappel , En France , il arrive que la tête , partie normalement situées au dessus des chemises, tombe malencontreusement dans le panier des révoltés.Celà arrive quand la noblesse ne voit plus de limites à sa puissance .
    Ne réveillons pas les vieux démons .

  3. Nous sommes dans une société du mépris. Alors qu’il devrait être normal de mettre en avant la valeur travail, c’est le contraire qui se passe. On menace les individus dont le droit au travail doit être naturel ; car le travail s’est tout simplement fait pour gagner sa vie et dignement.
    Ce spectacle montre à quel pauvre niveau nous en sommes arrivés. Il devient urgent que la société civile se lève contre le plus urgent, c’est-à-dire donner du travail à tous et mettre au rebut les politicards de tous poils responsables de la situation bloquée en France. La future présidentielle doit servir à cela. Out PS-UDI-LR, vive la Société civile intelligente!

  4. Auguste Vannier dit

    Les dirigeants copains-coquins désignés dans l’article ne peuvent pas être qualifiés de « fonctionnaires », je n’en connais pas qui aient de tels salaires et qui soient aussi arrogants et méprisants. Ils ont sans doute réussi il y a longtemps un concours très sélectif, mais ils ont surtout « copiné » dans les cours de l’aristocratie d’Etat, sans oublier les officines d’infiltration US, du genre France American Foundation, ou dans les dîners mondains du siècle, pour obtenir les prébendes qui ne relèvent pas de la fonction publique…
    Et quand on voit les politesses que fait De Juniac à son homologue de la compagnie aérienne Qatari, on peut parier que sa mission (qu’il a bien voulu accepter) c’est d’amaigrir Air France pour la rendre vendable aux Emirs du pétrole, des « droits de l’homme » et des « dictatures respectables »… Je tiens le pari!

  5. Logaro dit

    Allez j’en rajoute une couche: pendant 20 ans ma société était l’un des meilleurs fournisseurs d’Air France sur les Etats-Unis et en tant que PDG de la société j’avais droit à tous les billets gratuits sur toutes destinations en première classe. Privilège pour ma famille aussi. Alors nous faisions des tours du monde! Mais en première classe à cette époque 85-95 peu de passagers Air France première classe ne payaient leur place. Tous des copains-coquins du personnel Air France et du gouvernement. Cela coûtait cher mais Air France était fortement subventionné comme sur la ligne Concorde Paris New York.
    A présent Air France souffre mais a toujours ces privilégiés sur ses sièges.
    Manuel Valls se trouve dans ce conflit le cul entre deux chaises lire
    http://sleazy-caricatures.over-blog.com/2015/10/le-cul-entre-deux-chaises.html

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